Le géant italien des hydrocarbures Eni a annoncé, lundi 16 mars, la découverte de deux nouveaux gisements de gaz au large des côtes libyennes, dont les réserves sont estimées à plus de 1 000 milliards de pieds cubes. Cette trouvaille majeure intervient alors que le pays, membre influent de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), tente de relancer son attractivité auprès des investisseurs étrangers après une décennie marquée par les tumultes politiques et sécuritaires.
Situés à environ 85 kilomètres des côtes, les puits Bahr Essalam South 2 et 3 ont été forés avec succès dans la formation de Metlaoui, le principal réservoir productif de la zone. Leur positionnement stratégique, à seulement 16 kilomètres au sud de l’immense champ de Bahr Essalam – le plus grand gisement offshore du pays en production depuis 2005 –, permettra un développement rapide et économiquement viable. Eni prévoit de raccorder ces nouvelles installations aux plateformes existantes, avec un double objectif : alimenter le marché intérieur libyen, en proie à des pénuries chroniques, et renforcer les capacités d’exportation vers l’Europe via l’Italie.
Cette découverte couronne une campagne d’exploration intensive menée ces derniers mois par le groupe italien, acteur historique en Libye où il est implanté depuis 1959. Alors que des majors comme TotalEnergies ou ConocoPhillips sont également présentes, Eni s’impose comme l’opérateur étranger dominant avec une production nette avoisinant les 162 000 barils équivalent pétrole par jour en 2025. Preuve de cette dynamique, la compagnie a obtenu le 11 février un nouveau permis d’exploration offshore de près de 29 000 km², situé dans le prolongement de la prolifique province pétrolière de Syrte, à l’issue d’un appel d’offres de la National Oil Corporation (NOC).
Au-delà de la simple exploitation, la stratégie d’Eni s’inscrit dans une logique de partenariat industriel profond avec la NOC au sein de la coentreprise Mellitah Oil & Gas. L’objectif affiché est de porter la production du gazoduc Greenstream à 750 millions de pieds cubes par jour d’ici 2026. Cette montée en puissance vise à conforter la position de Tripoli en tant que fournisseur incontournable pour l’Europe, en quête de diversification de ses approvisionnements énergétiques. La proximité géographique entre les terminaux libyens et les côtes italiennes offre un avantage logistique et compétitif indéniable, réduisant drastiquement les coûts et les délais de transport.
Cette nouvelle avancée s’inscrit également dans une stratégie continentale plus large pour le groupe italien, qui combine acquisitions et arbitrages. Alors qu’il verrouille sa position en Libye, Eni a récemment allégé sa participation dans le méga-champ ivoirien Baleine en cédant 10 % de ses parts à la compagnie nationale azerbaïdjanaise SOCAR. Une manière de confirmer sa stratégie de « asset rotation » : conserver le contrôle opérationnel des projets stratégiques tout en partageant les risques et en libérant des capitaux pour financer de nouvelles explorations, comme celle qui vient de porter ses fruits en Méditerranée.



