Le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a ordonné lundi un déploiement immédiat et coordonné des forces armées, de la police et des services de renseignement pour retrouver les victimes d’un enlèvement de masse survenu dans l’État de Niger, dans le centre-nord du pays. Dans un communiqué publié par son conseiller spécial, Bayo Onanuga, le chef de l’État s’est dit « outré » par ces attaques et a promis que les responsables répondraient de leurs actes. Il a présenté ses condoléances aux familles des tués et assuré les proches des disparus du soutien de la nation.
L’attaque a visé plusieurs localités de la zone de gouvernement local de Borgu, notamment Kpenya, Dakera, Gidan-Zana et Sabon Gida, où des habitants ont rapporté l’enlèvement de dizaines de personnes, en majorité des femmes, des enfants et des personnes âgées, lors d’une incursion armée dans une mosquée. Le bilan reste flou : une vidéo circulant sur Facebook et WhatsApp montrerait environ 600 captifs, selon Reuters, mais ce chiffre n’a pu être vérifié de manière indépendante. Un responsable local évoque pour sa part une trentaine de morts dans les violences.
Ces événements s’inscrivent dans une dynamique inquiétante qui affecte depuis plusieurs années le nord-ouest et le centre-nord du Nigeria. Des groupes criminels lourdement armés, souvent qualifiés de « bandits », multiplient les raids contre les villages, les écoles et les axes routiers, pratiquant systématiquement les enlèvements collectifs contre rançon. Cette stratégie, qui mêle terrorisme rural et économie du rapt, a pris une ampleur telle qu’elle fragilise l’autorité de l’État dans des zones entières, malgré les opérations militaires antérieures.
Tinubu a exigé des rapports réguliers des chefs des services de sécurité jusqu’à ce que toutes les personnes enlevées soient localisées et prises en charge. Il a réaffirmé que son gouvernement défendrait la population et préserverait « la sainteté de la vie humaine », tout en promettant un appui fédéral aux autorités locales pour les opérations de secours et de renforcement sécuritaire. Mais cette annonce, aussi ferme soit-elle, ne dit rien des moyens supplémentaires alloués ni du calendrier précis de l’intervention.
Sur le terrain, la méfiance domine. Les populations locales, déjà éprouvées par des années d’insécurité, doutent de l’efficacité d’une réponse purement répressive, alors que les forces de sécurité peinent à contrôler un territoire immense et poreux. Les enlèvements de masse, comme celui de Borgu, ne sont plus des exceptions mais des symptômes d’un État qui n’a pas su endiguer la criminalité armée, ni répondre aux causes profondes : pauvreté, marginalisation, impunité et trafic d’armes.
À plus long terme, cette crise pose une question de fond pour Abuja : comment concilier fermeté sécuritaire et stratégie politique, alors que les rançons versées alimentent le cycle de la violence ? Aucune opération ponctuelle ne pourra remplacer une politique de renseignement, de développement régional et de justice, sans quoi chaque nouveau rapt viendra rappeler l’impuissance de l’appareil d’État. Tinubu le sait : la terreur ne soumettra pas le Nigeria, mais pour l’instant, ce sont les civils qui en paient le prix.



