La justice californienne a infligé une nouvelle condamnation cinglante à Bill Cosby. Lundi, un tribunal de Santa Monica a ordonné à l’ancien monstre sacré de la télévision américaine de verser plus de 19 millions de dollars de dommages et intérêts à Donna Motsinger, une femme de 84 ans qui l’accuse d’une agression sexuelle remontant à 1972. Le jury civil n’a mis que trois jours de délibération pour parvenir à ce verdict.
Les faits jugés illustrent un mode opératoire désormais bien documenté. À l’époque, Donna Motsinger travaillait comme serveuse. Elle affirme que Bill Cosby a glissé dans son verre de vin ce qu’elle pensait être un simple comprimé d’aspirine. Elle déclare avoir perdu connaissance, puis s’être réveillée chez elle, vêtue uniquement de ses sous-vêtements, convaincue d’avoir été droguée et violée. Ce jugement civil n’est pas le premier rendu contre l’acteur dans cette même enceinte judiciaire.
En 2022, un jury du même tribunal de Santa Monica avait déjà condamné Bill Cosby à verser 500 000 dollars à Judy Huth, une femme qu’il avait agressée sexuellement en 1975 alors qu’elle était âgée de 16 ans. Ces condamnations civiles s’ajoutent à un imposant contentieux. Accusé par des dizaines de femmes de comportements prédateurs s’étalant sur plusieurs décennies, l’acteur de 88 ans, autrefois célébré comme le « papa de l’Amérique » pour son rôle dans la série The Cosby Show (1984 1992), a connu une chute vertigineuse. Il avait été incarcéré en Pennsylvanie en 2018, puis libéré en 2021 après l’annulation de sa condamnation pénale pour vice de procédure, une issue qui avait laissé un goût d’inachevé pour ses accusatrices.
Cette nouvelle condamnation, bien que civile, confirme la tendance lourde du volet judiciaire de l’affaire Cosby. Faute de poursuites pénales toujours possibles, le recours au droit civil est devenu l’arme principale des victimes pour obtenir réparation et faire reconnaître publiquement les faits. Le montant élevé des dommages et intérêts, 19 millions de dollars, envoie un signal fort. Il ne rouvre pas la voie à un procès pénal, mais il ancre un peu plus la réalité des accusations dans le marbre des décisions de justice, compliquant toute tentative de réhabilitation de l’image publique de l’ancien comédien.
L’affaire Cosby dépasse le cadre judiciaire pour s’inscrire dans le mouvement plus large de responsabilisation des figures d’autorité longtemps protégées par leur statut. Pendant des années, la carrière de l’acteur et ses rôles paternalistes avaient occulté les témoignages qui affluaient depuis les années 2000. Ce n’est qu’à partir de 2014, avec l’essor de la parole des victimes et la diffusion de témoignages accablants, que l’opinion publique américaine a opéré un basculement définitif. Ce procès, bien que portant sur des faits anciens, rappelle que la justice civile peut, dans certains cas, pallier les limites des procédures pénales.
Pour Donna Motsinger, âgée aujourd’hui de 84 ans, cette victoire judiciaire arrive plus d’un demi-siècle après les faits. Ce décalage temporel illustre l’un des défis majeurs de ces affaires : la lenteur des procédures et la difficulté à rassembler des preuves matérielles après tant d’années. La décision du jury, qui a reconnu la responsabilité civile de Bill Cosby malgré l’ancienneté des accusations, montre que la crédibilité des témoignages et la persistance des victimes peuvent constituer des éléments déterminants. Elle offre une forme de reconnaissance tardive mais substantielle à des plaignantes qui ont souvent dû affronter le silence, l’incrédulité, puis l’inertie des institutions.



