L’Afrique subsaharienne concentre toujours l’essentiel du déficit mondial d’accès à l’électricité, et la situation se dégrade particulièrement dans les campagnes. Alors que l’électrification progresse en ville, les zones rurales restent les grandes oubliées de la transition énergétique, représentant près de 80 % des personnes non raccordées de la région. Un constat alarmant qui interpelle sur la capacité des États à réduire la fracture territoriale.
Selon les dernières données du rapport « Tracking SDG7: The Energy Progress Report 2026 », l’Afrique subsaharienne comptait 563 millions de personnes privées d’électricité en 2024 sur un total mondial de 655 millions. Parmi elles, 447 millions vivent en milieu rural. Ce chiffre est en hausse constante : il est passé de 376 millions en 2010 à 447 millions en 2024, signe que la dynamique d’électrification rurale ne parvient pas à suivre la croissance démographique. Un écart qui se creuse dangereusement avec l’Asie du Sud, qui a réussi à ramener son déficit rural de 383 à 16 millions de personnes sur la même période [citation:0].
Ce retard rural n’est pas une fatalité, mais le fruit de décennies de politiques d’électrification centrées sur les zones urbaines, jugées plus rentables et plus faciles à desservir par les réseaux nationaux. L’extension du réseau traditionnel vers les zones isolées se heurte à des coûts d’infrastructure exorbitants et à des retours sur investissement incertains. Ce modèle hérité de l’époque coloniale, couplé à une croissance démographique soutenue, a creusé un fossé que les stratégies nationales peinent à combler.
Face à cette impasse, les solutions décentralisées émergent comme une réponse incontournable. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) souligne que les mini-réseaux et les systèmes solaires autonomes sont désormais parmi les moyens les plus rentables d’étendre l’accès à l’électricité dans les zones les plus reculées. Les financements dédiés à ces solutions en Afrique subsaharienne ont d’ailleurs progressé de 20 % entre 2019 et 2023, pour atteindre 870 millions de dollars. Pourtant, cela reste très loin des besoins. Dans son scénario ACCESS, l’AIE estime que pour atteindre l’accès universel d’ici 2035, il faudra mobiliser 150 milliards de dollars, soit 15 milliards par an, dont plus de la moitié devra être consacrée à ces solutions hors réseau.
L’intérêt pour les énergies décentralisées ne fait plus de doute, mais leur déploiement à grande échelle reste conditionné à plusieurs facteurs. Le premier est leur intégration effective dans les stratégies nationales d’électrification, souvent encore trop dépendantes des grands projets de centrales et de lignes de transport. Le second est la mobilisation des financements publics et privés, qui suppose une stabilité réglementaire et des mécanismes de garantie capables de rassurer les investisseurs.
Au-delà des chiffres et des modèles financiers, l’électrification rurale se heurte aussi à des réalités locales complexes. Les projets doivent être adaptés aux usages spécifiques des communautés (pompage d’eau, transformation agricole, éclairage scolaire) et intégrer des modèles de gestion durable, souvent portés par des opérateurs privés ou des coopératives. La formation des techniciens locaux et l’entretien des équipements sont également des conditions essentielles pour éviter les pannes et garantir la pérennité des installations, faute de quoi ces investissements risquent de produire des effets limités.



