Le Burkina Faso a décidé de passer à l’offensive contre ce que les autorités qualifient de « guerre informationnelle ». Face à la prolifération des fake news et des comptes anonymes sur les réseaux sociaux, le Conseil supérieur de la communication (CSC) et le ministère de la Communication ont annoncé une coordination renforcée pour garantir aux citoyens un accès à une information fiable et vérifiée.
Cette annonce officialise une prise de conscience au plus haut niveau de l’État : les champs de bataille d’aujourd’hui ne se limitent plus aux seules lignes de front. Pour le ministre de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, la désinformation est devenue une arme de déstabilisation à part entière, utilisée par des « ennemis » qui cherchent à saper les efforts de reconquête territoriale et à diviser l’opinion publique.
L’offensive annoncée par le ministre s’articule en réalité autour de trois axes, le combat informationnel étant le pendant civil des efforts militaires. Le premier volet est celui de la lutte antiterroriste, où les Forces de défense et de sécurité (FDS) revendiquent des « progrès significatifs ». Le deuxième axe, plus politique, vise à dénoncer ce que Ouagadougou qualifie d’« impérialisme », accusant des puissances étrangères d’alimenter l’insécurité. La preuve, selon le ministre, résiderait dans l’équipement sophistiqué – dont des drones – observé chez les groupes armés.
C’est sur ce terreau sécuritaire complexe que prospère le troisième front : celui de l’information. Pour les autorités de Transition, les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d’une guerre hybride où des comptes anonymes et des relais locaux diffusent des rumeurs, amplifient les doutes et discréditent l’action de l’État. Cette stratégie vise à retourner l’opinion contre la junte et à internationaliser les critiques sur sa gestion de la crise.
Les prochains mois devraient donc voir un durcissement du contrôle de la sphère numérique. Si les détails opérationnels restent flous, on peut s’attendre à un renforcement de la traque des « cyber-attaquants » et à des campagnes de « contre-discours » visant à promouvoir la version officielle des événements. L’enjeu pour le gouvernement est de taille : il doit convaincre une population jeune et connectée, tout en évitant de basculer dans une censure brutale qui pourrait isoler davantage le pays sur la scène internationale.
Pour les professionnels des médias burkinabè, le message est clair et sans ambiguïté. En lançant un « votre choix doit être celui du Burkina Faso », le ministre les place face à leurs responsabilités, les invitant implicitement à devenir des relais de la communication nationale plutôt que des vecteurs de discours dissonants. Une injonction qui, dans un contexte de repli souverainiste et de méfiance envers les influences extérieures, pourrait redéfinir en profondeur le paysage médiatique du pays.



