La 15e Convention sur la conservation des espèces migratrices (CMS), qui s’est tenue sous l’égide de l’ONU, a accouché d’une avancée majeure. Quarante nouvelles espèces, parmi lesquelles le harfang des neiges, le grand requin-marteau ou encore la hyène rayée, ont été ajoutées à la liste des animaux bénéficiant d’une protection juridique internationale. Une décision qui intervient alors que près de la moitié des espèces répertoriées par la CMS sont en déclin, et qu’une sur quatre est désormais menacée d’extinction.
La Convention étant juridiquement contraignante, les États signataires s’engagent non seulement à protéger ces espèces, mais aussi à restaurer leurs habitats et à réduire les obstacles entravant leurs migrations. Une obligation d’autant plus cruciale que ces espèces traversent souvent plusieurs territoires nationaux, rendant leur préservation impossible sans coopération transfrontalière. Le classement adopté implique donc des plans d’action concrets, dont l’efficacité reposera sur la capacité des États à harmoniser leurs législations et à agir de concert.
Fondée en 1979 à Bonn, la CMS est l’un des rares instruments multilatéraux à se concentrer spécifiquement sur les espèces se déplaçant au‑delà des frontières. Sa COP15 se tenait dans un climat d’urgence écologique accentué par un rapport onusien publié plus tôt dans le mois, alertant sur « l’effondrement » des migrations des poissons d’eau douce, victimes de la surpêche, des barrages et de la dégradation des habitats. Ce constat a pesé dans les négociations, rappelant aux États leur responsabilité face à des phénomènes qui échappent aux seules politiques nationales.
Si l’élargissement de la liste protégée constitue une victoire diplomatique, la mise en œuvre des engagements demeure le véritable test. Les mesures adoptées, comme le plan d’action pour le poisson-chat migrateur de l’Amazone, nécessitent des financements durables, un point sensible récurrent dans les conférences environnementales. La prochaine édition, prévue en 2029 en Allemagne pour le cinquantenaire de la convention, devra évaluer si les promesses se sont transformées en actions tangibles sur le terrain.
Présente tout au long des négociations, Susan Lieberman, vice-présidente de l’ONG Wildlife Conservation Society, a salué un exercice de multilatéralisme fonctionnel. « Les gouvernements travaillent ensemble, parfois ils ne sont pas d’accord, alors ils s’assoient et discutent », a‑t‑elle souligné, en guise de réponse aux critiques habituelles sur la lenteur des processus onusiens. L’élaboration du plan pour le poisson-chat de l’Amazone, associant gouvernements, scientifiques et communautés locales, illustre selon elle une méthode où la protection des espèces migratrices devient aussi un levier de coopération régionale.
Reste l’équation financière. Les pays du Sud, où se concentrent nombre d’écosystèmes stratégiques, peinent souvent à mobiliser les ressources nécessaires à la mise en œuvre des engagements pris. Sans mécanismes de financements prévisibles et de transferts technologiques, la liste des espèces protégées risque de rester une déclaration de principe. La réussite de la COP15 ne se mesurera donc pas au nombre d’espèces ajoutées, mais à la capacité des États à transformer l’urgence écologique en priorité budgétaire durable.



