Le Togo prend acte de la décision du Ghana de saisir une procédure d’arbitrage international pour délimiter leur frontière maritime, et réaffirme son attachement à un règlement pacifique du différend. Dans un communiqué publié mercredi soir, le gouvernement togolais a officiellement répondu à l’initiative prise par Accra quelques jours plus tôt. Lomé dit vouloir une solution « équitable et juridiquement encadrée », tout en prenant soin de ne pas envenimer un dossier déjà sensible entre les deux voisins ouest-africains.
L’objet du litige est l’absence d’une frontière maritime formellement établie et reconnue par les deux parties. C’est cette imprécision qui a, par le passé, provoqué plusieurs incidents en mer, notamment autour des zones de pêche et d’exploration pétrolière. Accra a justifié son recours à l’arbitrage – fondé sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) – par l’échec de huit années de négociations bilatérales. Pour le Ghana, il s’agit désormais de sortir de l’ornière et de sécuriser un espace maritime stratégique sans risquer une escalade militaire ou diplomatique.
Ce contentieux ne date pas d’hier. Il s’inscrit dans un contexte régional où la délimitation des espaces maritimes est devenue un enjeu majeur depuis la découverte de gisements d’hydrocarbures dans le bassin sédimentaire de Tano, à cheval sur les zones économiques exclusives (ZEE) présumées des deux pays. Comme souvent en Afrique de l’Ouest, les frontières héritées de la colonisation restent flottantes en mer, et les intérêts économiques croissants attisent les tensions. Le précédent du contentieux entre le Ghana et la Côte d’Ivoire, réglé en 2017 par le Tribunal international du droit de la mer, sert aujourd’hui de jurisprudence et de modèle procédural aux deux parties.
Sur le plan des perspectives, deux scénarios se dessinent. Soit l’arbitrage aboutit à une décision claire que Lomé et Accra s’engagent à respecter, ce qui mettrait fin à des décennies d’incertitudes. Soit la procédure s’enlise ou l’une des parties conteste la sentence, ce qui raviverait les tensions dans une région où la piraterie maritime et la pêche illégale constituent déjà des défis sécuritaires. En attendant, les discussions techniques devraient se poursuivre en coulisses, même si la balle est désormais dans le camp des juristes internationaux.
Derrière ce bras de fer juridique, ce sont aussi deux visions de la diplomatie régionale qui s’opposent. Accra, fort de son poids économique et de son influence au sein de la CEDEAO, a choisi la voie contentieuse pour trancher le nœud gordien. Lomé, de son côté, joue la carte de la retenue et du multilatéralisme, en insistant sur la nécessité d’une issue négociée. Mais ce différend met surtout en lumière une réalité plus large : dans le golfe de Guinée, la course aux ressources offshore impose aux États de clarifier leurs frontières, quitte à en passer par des procédures longues et coûteuses. Le sort de ce contentieux sera scruté de près par tous les pays riverains confrontés aux mêmes fragilités cartographiques.



