L’opposant gabonais Alain-Claude Bilie-By-Nze a saisi le tribunal de première instance de Libreville pour faire annuler la coupure des réseaux sociaux décrétée depuis le 18 février par la Haute autorité de la communication (HAC). L’ancien Premier ministre, devenu l’une des figures de l’opposition, qualifie cette décision d’« inique » et d’« anticonstitutionnelle », estimant qu’elle prive tout un peuple de ses moyens de communication sans base légale.
Dans son recours en référé, le leader du parti Ensemble pour le Gabon conteste la légalité de la mesure prise par le régulateur des médias. Selon lui, la HAC a agi sans fondement juridique, ni dans la Constitution, ni dans la loi régissant l’institution. « Lorsqu’il s’agit de restreindre les libertés, il faut au moins avoir une décision du tribunal, une décision du juge », a-t-il déclaré, dénonçant une restriction massive et disproportionnée des droits fondamentaux.
Cette coupure, qui affecte des plateformes comme Facebook et TikTok, intervient dans un contexte politique tendu au Gabon, deux ans et demi après le coup d’État d’août 2023 qui a renversé le régime Bongo. Les autorités de transition justifient cette mesure par la nécessité de préserver la stabilité du pays face à des dérives en ligne. La présidence évoque une suspension « temporaire » destinée à permettre l’élaboration d’un cadre légal pour réguler l’usage des réseaux sociaux.
Si la justice donne suite à la requête de l’opposant, cette décision pourrait contraindre les autorités à rétablir l’accès aux plateformes bloquées ou à justifier juridiquement leur maintien. L’issue de cette procédure sera scrutée comme un test de l’indépendance de la justice gabonaise et de sa capacité à protéger les libertés publiques face aux arguments sécuritaires avancés par l’exécutif.
Au-delà de la procédure judiciaire, Alain-Claude Bilie-By-Nze a également annoncé son intention de poursuivre Facebook France, après la suppression à deux reprises de ses comptes certifiés sur le réseau social. Cette double offensive judiciaire illustre la stratégie de l’opposant pour faire de la question numérique un terrain de contestation politique. Elle met aussi en lumière les conséquences économiques et sociales de cette coupure prolongée pour une population de plus en plus dépendante de ces outils dans sa vie quotidienne et professionnelle.



