Le Gabon et la Guinée équatoriale ont franchi, mardi 28 juillet 2026 à Addis-Abeba, une étape décisive dans leur vieux contentieux territorial. Quatorze mois après l’arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) attribuant à Malabo la souveraineté sur les îlots de Mbanié, Cocotiers et Conga, les deux États ont signé un accord d’engagement conjoint pour la mise en œuvre de cette décision. Un mécanisme de concertation et de médiation, placé sous les auspices de l’Union africaine (UA), est désormais acté.
L’accord, paraphé par le ministre équato-guinéen des Affaires étrangères, Simeón Oyono Esono Angüe, et le président de la Cour constitutionnelle du Gabon, Dieudonné Aba’a Owono, instaure un dialogue technique régulier entre les deux pays, ainsi qu’un suivi conjoint des travaux. Il ne rouvre en aucun cas le débat sur la souveraineté des trois îlots, que la CIJ a définitivement tranchée le 19 mai 2025 en rejetant les arguments gabonais. Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a salué un « engagement commun en faveur du dialogue, de la coopération, du bon voisinage et du règlement pacifique des différends dans un esprit d’unité africaine ».
Pour comprendre la portée de cet accord, il faut remonter au début des années 1970, lorsque les deux voisins d’Afrique centrale commencent à se disputer Mbanié, une île d’une trentaine d’hectares, et ses deux satellites, Cocotiers et Conga. Ces territoires, perdus dans le golfe de Guinée, suscitent des convoitises en raison du potentiel pétrolier de leurs eaux environnantes. Saisie par les deux États, la CIJ a rappelé que le cadre juridique de fixation des frontières reste la convention franco-espagnole de 1900 pour la délimitation terrestre, et la convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982 pour les espaces maritimes. Cet héritage colonial et ces règles internationales contraignent désormais les interprétations nationales.
L’accord ne clôt pas le contentieux, mais il en change la nature. Désormais, le dialogue se poursuit sur le tracé précis des frontières terrestres et maritimes entre les deux pays, un travail technique et politique de longue haleine. Les discussions à venir porteront sur la délimitation concrète des zones économiques exclusives, avec des enjeux économiques considérables pour Libreville et Malabo. Le mécanisme mis en place sous l’égide de l’UA devra garantir que chaque étape soit franchie sans heurts, tout en évitant que des interprétations divergentes ne raniment les tensions.
Les autorités gabonaises, sourcilleuses de ne pas apparaître comme abandonnant une partie de leur souveraineté, insistent sur une lecture politique de l’accord. Une source à la présidence gabonaise évoque une « volonté commune de transformer une décision judiciaire internationale complexe en une feuille de route diplomatique maîtrisée ». Pour Libreville, il ne s’agit pas d’une renonciation, mais d’un choix assumé de privilégier la paix et les relations de bon voisinage, sans jamais admettre avoir cédé sur le fond du droit.
Au-delà des deux pays, cet accord envoie un signal à toute l’Afrique centrale. Il démontre qu’un différend territorial, même ancien et émotionnellement chargé, peut être désamorcé par une approche multilatérale et des mécanismes de médiation continentaux. L’UA, souvent critiquée pour sa lenteur, trouve ici une occasion de réaffirmer son rôle d’arbitre. Reste que la mise en œuvre concrète, notamment sur les zones maritimes, exigera des compromis techniques qui pourraient raviver des contentieux locaux, notamment avec d’autres voisins comme le Cameroun ou São Tomé-et-Príncipe, dont les frontières maritimes sont également concernées par ces délimitations.



