Au Gabon, une coalition d’organisations non gouvernementales, menée par SOS prisonniers Gabon, a lancé en juillet 2026 une campagne de sensibilisation intitulée « Dignité en détention ». L’objectif est clair : obtenir du gouvernement des moyens supplémentaires pour la justice, afin d’organiser des sessions criminelles régulières et de construire des prisons conformes aux standards internationaux. Derrière ce plaidoyer, une réalité carcérale alarmante que les autorités peinent à endiguer.
La campagne, qui s’étendra jusqu’en janvier 2027, dénonce un système pénal qu’elle juge trop répressif, où des délits mineurs conduisent encore à l’incarcération. Ce recours systématique à la prison prive de liberté des citoyens qui pourraient bénéficier d’alternatives, tout en contribuant à l’engorgement des établissements pénitentiaires. Pour Lionnel Engonga, président de SOS prisonniers Gabon, la solution passe d’abord par la tenue effective des sessions criminelles ordinaires, prévues une fois par trimestre par le Code de procédure pénale, mais qui n’ont pas eu lieu une seule fois durant l’année judiciaire 2025-2026.
Cette mobilisation intervient dans un climat de tension chronique autour des droits humains au Gabon. Le 1er mai 2026, à Genève, lors de la 84e session du Comité des Nations unies contre la torture, des experts onusiens avaient déjà épinglé le pays : à la prison centrale de Libreville, le taux de surpopulation atteint 400 à 700 %, et des détenus y attendent leur procès depuis dix à douze ans. Ces chiffres placent le Gabon dans une situation critique, alors que le gouvernement peine à moderniser ses infrastructures et à garantir une justice efficace, malgré les engagements internationaux pris par le pays.
Les organisations espèrent que cette pression associée au relais médiatique contraindra les autorités à agir. Mais le chemin semble semé d’obstacles : entre les contraintes budgétaires et l’absence de volonté politique affichée, les promesses de réforme restent souvent lettre morte. Pour les ONG, l’enjeu est double. À court terme, il s’agit d’accélérer les jugements pour désengorger les prisons. À plus long terme, la construction de prisons modernes et le renforcement des mécanismes de régulation du système pénal apparaissent comme des prérequis indispensables pour garantir le respect de la dignité humaine.
Lionnel Engonga insiste sur un point souvent occulté : la régularité des sessions criminelles est un droit procédural, pas une faveur. « Le Code est clair, mais il est violé chaque année, ce qui transforme la détention provisoire en peine déguisée », confie-t-il à notre correspondant à Libreville. Cet état de fait nourrit un sentiment d’impunité chez les acteurs du système judiciaire et une méfiance croissante des citoyens envers l’institution.
Par ailleurs, la dimension partenariale de la campagne, avec l’ONG française « Agir ensemble pour les droits humains », témoigne d’une stratégie de visibilité internationale. Les organisateurs espèrent ainsi attirer l’attention des bailleurs de fonds et des instances africaines, comme la Commission africaine des droits de l’homme, pour peser davantage sur les décisions locales. Reste à savoir si ce plaidoyer, aussi légitime soit-il, parviendra à transformer les annonces en actions concrètes, alors que les précédentes alertes n’ont pas suffi à infléchir une politique pénale restée jusqu’ici très répressive.



