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Goodluck Jonathan
Goodluck Jonathan

Goodluck Jonathan : « L’histoire jugera nos démocraties à la solidité de nos institutions »

Pascale Tchakounte 13 Aug 2026 Nigeria, Politique 63 Lectures

La démocratie africaine est à un tournant critique, et elle ne saurait se réduire à l’organisation régulière d’élections. C’est l’avertissement qu’a lancé Goodluck Jonathan, le 11 août à Bauchi, lors du Dialogue démocratique 2026 de sa fondation. Pour l’ancien président nigérian, le risque est réel que le modèle démocratique continental se transforme en simple vitrine si ses piliers fondamentaux – justice indépendante, partis structurés et souveraineté populaire – continuent de s’effriter. Son propos est clair : sans réforme en profondeur, la démocratie africaine deviendra une coquille vide.

Jonathan a identifié huit piliers indispensables à toute démocratie fonctionnelle : souveraineté populaire, État de droit, séparation des pouvoirs, protection des droits fondamentaux, responsabilité et transparence, élections libres, pluralisme politique et société civile active. Mais il a surtout insisté sur deux maillons faibles du système : les partis politiques et le pouvoir judiciaire. Selon lui, des partis politiques faibles, rongés par le clientélisme et les luttes internes, ne peuvent produire de dirigeants crédibles ni défendre l’intérêt national. Il a ainsi exhorté les formations politiques à respecter leurs propres règles et à former leurs cadres, car, a-t-il martelé, « des démocraties fortes ne peuvent émerger de partis politiques faibles ».

Coups d’État militaires en Afrique de l’Ouest et centrale, modifications constitutionnelles controversées, troisième mandats de chefs d’État et contestations électorales violentes ont émaillé la dernière décennie. Le Nigeria lui-même, pays de l’orateur, a connu des élections entachées de fraudes et de violences, tandis que des pays comme le Kenya ou la Gambie peinent à stabiliser leurs processus électoraux. C’est dans ce climat de défiance que Jonathan, ancien président ayant lui-même accepté sa défaite en 2015 sans recours à la force, apparaît comme une voix singulière, incarnant une exception démocratique rare sur le continent.

L’une des propositions les plus audacieuses de l’ancien chef d’État concerne la régulation des partis politiques. Il a cité en exemple le Kenya, qui dispose d’une institution dédiée à la régulation des activités politiques, distincte de l’organe de gestion des élections. Ce modèle, selon lui, pourrait inspirer d’autres pays africains pour endiguer la corruption électorale et l’instrumentalisation des formations politiques. Mais cette perspective se heurte à une réalité : la plupart des États africains manquent de moyens financiers et d’indépendance politique pour créer de telles structures, et les partis au pouvoir voient rarement d’un bon œil une régulation qui limiterait leur emprise.

Il a dénoncé le recours systématique aux tribunaux pour trancher des contentieux électoraux qui devraient, selon lui, être résolus dans les urnes. « Les tribunaux ne doivent pas devenir le lieu où les mandats politiques sont systématiquement déterminés », a-t-il averti. Ce constat résonne avec force dans des pays comme le Gabon, le Malawi ou la Côte d’Ivoire, où les cours constitutionnelles ont parfois inversé des résultats électoraux, alimentant des crises politiques majeures. Jonathan a appelé les magistrats à incarner l’impartialité et l’État de droit, mais il a aussi souligné que la justice ne peut suppléer à la faiblesse des processus électoraux.

L’ancien président a néanmoins nuancé son plaidoyer par une mise en garde contre un mimétisme institutionnel. Il a estimé qu’une application rigide du modèle libéral occidental, sans adaptation aux réalités socioculturelles et historiques africaines, pouvait contribuer au recul démocratique. Cette position, rare chez un dirigeant africain de premier plan, ouvre un débat sensible : faut-il inventer des démocraties « à l’africaine », intégrant des mécanismes de gouvernance traditionnelle, ou au contraire renforcer les standards internationaux pour éviter les dérives autoroutières ? Jonathan n’a pas tranché, mais il a posé les termes d’une réflexion que les intellectuels et acteurs politiques africains peinent encore à mener sereinement.

« L’histoire jugera nos démocraties non pas au nombre d’élections que nous organisons, mais à la solidité des institutions que nous bâtissons. » Cette phrase résume l’esprit de son intervention : la démocratie ne se mesure pas à un calendrier électoral, mais à la capacité d’un État à garantir les droits, à réguler pacifiquement les conflits et à assurer une prospérité partagée. Alors que plusieurs pays africains s’apprêtent à tenir des scrutins majeurs en 2026 et 2027, l’appel de Jonathan résonne comme un test de vérité : les dirigeants et les citoyens sont-ils prêts à investir dans des institutions fortes, ou continueront-ils à parier sur des élections sans lendemain ?

Goodluck Jonathan nigeria 2026-08-13
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