La Fondation Mo Ibrahim publie l’Indice Ibrahim de la Gouvernance en Afrique 2026. Si le continent enregistre des progrès notables en matière de développement économique et humain, ces avancées restent fragilisées par la détérioration continue de la sécurité, de l’état de droit et de la participation citoyenne.
Selon l’Indice Ibrahim de la Gouvernance en Afrique (IIAG) 2026, rendu public le 31 octobre au Caire, la gouvernance globale du continent s’est légèrement améliorée au cours de la décennie 2016-2025, malgré les chocs mondiaux successifs. Cette progression, qualifiée d’inégale et de fragile par la Fondation Mo Ibrahim, est uniquement portée par les avancées réalisées dans les catégories Fondements des Opportunités Économiques et Développement Humain. Les progrès les plus marquants concernent les Infrastructures, avec une amélioration constatée dans 52 pays, soit 84 % de la population du continent, tirée par l’accès à l’énergie, à Internet et à la connectivité mobile. L’Éducation et la Santé suivent, avec des améliorations respectivement dans 34 et 40 pays.
Ces résultats témoignent de la capacité du continent à résister aux perturbations majeures de la décennie. La pandémie de COVID-19, les répercussions de la guerre en Ukraine sur l’accès à l’énergie et la sécurité alimentaire, ainsi que la baisse historique de l’aide au développement ont mis à rude épreuve les économies africaines. Malgré ce contexte difficile, 44 pays représentant 68 % de la population ont amélioré leurs performances en matière de Fondements des Opportunités Économiques. Cette dynamique illustre une résilience réelle, mais aussi une forme de compromis : 25 pays, abritant près de 47 % de la population africaine, ont progressé économiquement alors même que leur sécurité et leur état de droit se détérioraient.
L’horizon reste toutefois assombri par la dégradation continue des catégories Sécurité & État de Droit et Participation, Droits et Inclusion, qui reculent respectivement dans 34 et 31 pays, représentant 78 % et 60 % de la population africaine. Un ralentissement de cette dégradation sécuritaire est observé depuis 2022, avec une amélioration dans 27 pays, mais la tendance de fond demeure préoccupante. Mo Ibrahim lui-même avertit : « Sans progrès en matière de sécurité, d’état de droit et de participation, les avancées économiques et sociales ne sauront perdurer, et resteront en tout état de cause plus faibles. » Les progrès économiques sont d’ailleurs plus importants lorsque la sécurité et l’état de droit s’améliorent conjointement, comme le montrent les résultats de 20 pays représentant 22 % de la population.

À la fin de la période sous revue, les Seychelles conservent la première place du classement, tandis que le Maroc fait son entrée dans le top 10, délogeant la Tunisie. L’Afrique du Sud, bien que cinquième, suit une trajectoire préoccupante d’accélération de la dégradation de sa gouvernance. Dans quatre des pays les plus peuplés du continent, Nigéria, RDC, Afrique du Sud et Soudan, la gouvernance globale s’est détériorée au cours de la décennie. À l’autre extrémité, l’Angola et le Congo quittent les dix dernières places, remplacés par la Libye et la Guinée-Bissau. Le Soudan, la République centrafricaine et la Guinée-Bissau affichent les trajectoires de détérioration les plus rapides. Ces écarts considérables entre pays rappellent que la moyenne continentale masque des réalités profondément hétérogènes.
L’IIAG 2026 repose sur 319 variables issues de 59 jeux de données publiés par 51 sources africaines et internationales, couvrant 16 sous-catégories regroupées en quatre catégories. L’ensemble des données, scores, classements et tendances par pays est librement accessible sur le portail iiag.online, permettant aux décideurs politiques, chercheurs, journalistes et citoyens d’explorer et de comparer les performances de gouvernance des 54 pays africains. La Fondation Mo Ibrahim invite les utilisateurs à citer systématiquement l’édition utilisée, précisant qu’il n’est pas possible de tirer des conclusions en comparant des jeux de données de différentes éditions en raison des mises à jour régulières. Cet outil se veut ainsi un instrument de transparence et de redevabilité, au service d’un débat informé sur l’avenir de la gouvernance africaine.



