Israël a annoncé, mercredi 18 mars, avoir éliminé Esmaïl Khatib, le ministre du Renseignement iranien, au lendemain de la mort d’Ali Larijani, puissant chef du Conseil suprême de sécurité nationale. Les deux frappes, revendiquées par l’État hébreu, marquent une accélération brutale de la campagne de décapitation des hauts responsables du régime de Téhéran. Elles interviennent au dix-neuvième jour d’une guerre qui embrase désormais l’ensemble du Moyen-Orient, déstabilise le Liban et paralyse les infrastructures énergétiques de la région.
Le ministre de la Défense, Israël Katz, a confirmé que le Premier ministre Benyamin Netanyahu et lui-même avaient donné carte blanche à l’armée pour abattre tout haut responsable iranien, sans qu’une nouvelle autorisation soit nécessaire, dès lors que les dommages collatéraux restent limités. « Nous continuerons à les empêcher d’agir et à les traquer, tous », a-t-il déclaré, en promettant des « surprises importantes » dans les jours à venir. Le président iranien Massoud Pezeshkian a pour sa part officialisé la mort d’Esmaïl Khatib, dénonçant sur X un « assassinat lâche » qui plonge le pays dans le deuil.
Ces éliminations ciblées s’inscrivent dans une stratégie israélienne de déstabilisation verticale du régime iranien, menée en coordination étroite avec les États-Unis. Elles interviennent alors que Téhéran organisait simultanément les funérailles d’Ali Larijani, associées à celles du chef de la force paramilitaire Bassidj, Gholamreza Soleimani, et à un hommage aux plus de quatre-vingts marins disparus lors du naufrage d’une frégate iranienne coulée par l’US Navy début mars au large du Sri Lanka. Le régime, engagé sur plusieurs fronts par procuration, voit ainsi sa chaîne de commandement sécuritaire directement frappée sur son sol.
Pour les services de renseignement israéliens, ces pertes, aussi spectaculaires soient-elles, ne devraient pas entraîner l’effondrement immédiat du régime. La direction iranienne, anticipant un conflit prolongé, avait préparé des successeurs pour les postes stratégiques. En revanche, le commandement sécuritaire de la République islamique se trouve aujourd’hui perturbé, selon nos confrères de Jérusalem, avec des signes de désorganisation interne. Le Wall Street Journal, citant des évaluations israéliennes, fait état d’une baisse de moral au sein des forces de sécurité, où certains responsables traqués seraient contraints de changer de lieu de sommeil chaque nuit, dormant dans des véhicules ou des écoles.
Cette escalade transforme la nature du conflit. En autorisant des frappes sans validation hiérarchique préalable, Israël institue une forme de guerre d’usure administrative contre l’appareil sécuritaire iranien. L’objectif affiché est moins de provoquer une riposte massive que de paralyser la prise de décision à Téhéran, en contraignant ses cadres à une clandestinité permanente. Mais le risque de contagion est immédiat : le Liban, où le Hezbollah est déjà engagé, constitue la prochaine frontière probable d’une confrontation que ni Washington ni Téhéran ne semblent en mesure de contenir.
Parallèlement, la dimension énergétique de la crise s’intensifie. Les infrastructures pétrolières et les voies maritimes du Golfe, déjà fragilisées par des mois de tensions, subissent les conséquences d’un conflit qui s’étend géographiquement. L’administration américaine, tout en soutenant les opérations israéliennes, tente d’éviter un embrasement régional total qui menacerait directement l’approvisionnement mondial en hydrocarbures. Mais la logique de décapitation sélective, une fois enclenchée, suit sa propre dynamique, rendant chaque nouvelle frappe aussi difficile à anticiper qu’à désamorcer.



