Plus de soixante-dix élus démocrates américains pressent le Cabinet de Donald Trump d’invoquer le 25e amendement de la Constitution, afin d’écarter un président qu’ils jugent inapte à gouverner. Motif : ses menaces explicites de bombarder des infrastructures civiles iraniennes et d’« anéantir une civilisation entière ». Un scénario juridiquement possible, mais politiquement quasi impossible.
Les déclarations de Trump, publiées sur Truth Social et reprises par les médias, ont franchi un seuil inédit. Dimanche, il a menacé de bombarder ponts et centrales énergétiques en Iran. Mardi, il évoquait l’anéantissement d’un pays de 91 millions d’habitants. Pour les démocrates, ces propos constituent des crimes de guerre au regard du droit international. La représentante Rashida Tlaib parle de « génocide ». Sa collègue Sarah McBride réclame de « retirer l’arme des mains de ce fou ».
Adopté en 1967 après l’assassinat de John F. Kennedy, le 25e amendement permet au vice-président et à la majorité du Cabinet de déclarer le président temporairement inapte. Ce mécanisme avait déjà été évoqué après l’assaut du Capitole en janvier 2021, sans aboutir. Aujourd’hui, Trump a remodelé le Parti républicain à son image. Son Cabinet est composé d’alliés dévoués, et le Congrès, à majorité républicaine, avorte toute procédure hostile. Jeudi encore, une résolution démocrate limitant ses pouvoirs militaires en Iran a été enterrée en séance.
Malgré l’insistance de quelques élus, dont l’ancienne républicaine Marjorie Taylor Greene, le recours au 25e amendement reste hautement improbable. La procédure exigerait que le vice-président J.D. Vance se retourne contre Trump, puis un vote des deux tiers au Congrès. Aucun signe ne va dans ce sens. Le leadership démocrate, échaudé par deux destructions avortées, privilégie désormais d’autres leviers, comme une nouvelle procédure de destitution ou des mises en accusation ciblées contre des membres du Cabinet, à commencer par le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth.
Des voix à droite commencent pourtant à s’inquiéter. Marjorie Taylor Greene, ancienne alliée de Trump, a jugé ses propos « surréels » et « d’une folie pure ». L’ex-conseiller juridique de la Maison-Blanche Ty Cobb est plus direct : « Le Cabinet n’invoquera pas le 25e amendement pour un homme qui est clairement fou. » Pourtant, la porte-parole de la présidence, Karoline Leavitt, a défendu cette rhétorique, affirmant qu’elle a forcé l’Iran à « supplier pour un cessez-le-feu ». Une ligne de défense qui fragilise un peu plus l’état de droit américain.
La représentante démocrate Yassamin Ansari, d’origine iranienne, ne désarme pas. Elle accuse Pete Hegseth de « crimes de guerre répétés » et de mise en danger des soldats américains. Elle déposera la semaine prochaine des articles de mise en accusation contre lui. Quant au 25e amendement, Ansari le juge toujours pertinent, même si elle admet que la loyauté des républicains à Trump rend la procédure quasi impossible. L’approche des élections de mi-mandat refroidit encore les ardeurs d’un parti démocrate qui craint de paraître trop offensif.



