La junte militaire au pouvoir en Guinée-Bissau a installé, vendredi 28 novembre, un nouveau Premier ministre, Ilidio Vieira Té. Cette nomination intervient deux jours après le renversement du président Umaro Sissoco Embalo et vise à donner une façade civile à un régime né d’un putsch. Alors que la vie reprend progressivement dans les rues de Bissau, cette décision est perçue comme une manœuvre destinée à apaiser les critiques internationales.
Le nouvel homme fort du gouvernement, Ilidio Vieira Té, n’est autre que l’ancien ministre des Finances du président déchu, dont il était un proche collaborateur. Il cumule désormais les deux fonctions. Son investiture s’est déroulée au palais présidentiel, sous le regard des portraits des anciens dirigeants, en présence du général Horta N’Tam, président autoproclamé de la Transition, et du nouveau chef d’état-major des armées, Tomas Djassi. Le nouveau Premier ministre, qui n’a fait aucune déclaration publique, est présenté par la junte comme un « bon travailleur », un choix stratégique pour assurer une continuité administrative.
Ce coup d’État s’inscrit dans une longue tradition d’instabilité politique et d’ingérence militaire en Guinée-Bissau. Depuis son indépendance en 1974, le pays a connu plusieurs putschs, faisant de l’armée un acteur politique incontournable. Le président renversé, Umaro Sissoco Embalo, lui-même arrivé au pouvoir par des élections contestées, était en pleine période électorale. Son principal adversaire, Fernando Dias, l’accuse d’avoir orchestré ce coup de force pour masquer une défaite électorale anticipée, une thèse qui circule mais reste non vérifiée.
La perspective immédiate est celle de l’arrivée prochaine d’une mission de médiation de la Cédéao. La nomination d’un civil comme Premier ministre, en particulier une figure centrale des relations avec les bailleurs de fonds, est une tentative de la junte pour prévenir des sanctions économiques et diplomatiques sévères. Les conséquences à moyen terme dépendront largement de la réaction de cette organisation sous-régionale et de la capacité des militaires à tenir leurs promesses de retour à l’ordre constitutionnel.
Sur le terrain, le retour à une apparente normalité est fragile. Si les commerces ont rouvert et que les enfants sont retournés à l’école, une atmosphère de méfiance persiste. Un habitant interrogé dans une boulangerie résume cette ambivalence : « Nous revenons peu à peu à une forme de normalité, mais on est toujours dans l’incertitude. Les militaires doivent rester dans les casernes. » Un médecin confirme cette peur latente, notant que la rue reste anormalement vide et que nombreux sont ceux qui hésitent à reprendre leur activité.
Sur le plan diplomatique, les réactions commencent à affluer. Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a qualifié les événements de « combine » et réclamé la libération d’un homme arrêté, Domingos Perreira, et la poursuite du processus électoral. Ces propos, jugés décalés par rapport à la ligne officielle sénégalaise, illustrent les tensions internes au sein de la classe politique ouest-africaine face à cette nouvelle crise. Le Sénégal, qui a exfiltré le président Embalo à Dakar, joue un rôle clé, tandis que le président Bassirou Diomaye Faye est attendu à Bissau pour tenter une médiation au nom de la Cédéao, une institution dont l’efficacité est régulièrement mise à l’épreuve.



