L’Afrique est devenue un théâtre majeur de la compétition mondiale pour la suprématie dans l’intelligence artificielle (IA). Alors que le géant américain Microsoft accélère ses investissements pour former des millions d’Africains et déployer ses outils, le chinois DeepSeek gagne discrètement mais sûrement du terrain, captant déjà une part significative des utilisateurs du continent. Cette double offensive marque le début d’une bataille technologique qui pourrait redessiner les équilibres économiques et numériques de la région.
Microsoft a ainsi dévoilé un plan ambitieux : former trois millions de personnes en Afrique aux compétences liées à l’IA d’ici 2026, un programme piloté par Naim Yazbeck, le président de la firme pour le Moyen-Orient et l’Afrique. Parallèlement, un partenariat stratégique avec le géant des télécoms MTN permettra d’intégrer Microsoft 365 et l’assistant Copilot dans l’écosystème de ses 300 millions d’abonnés. Cette offensive commerciale s’accompagne d’investissements lourds dans les infrastructures, avec 330 millions de dollars alloués à l’expansion du cloud et de l’IA en Afrique du Sud, et la construction d’un data center géothermique au Kenya.
Cette ruée américaine répond à une présence chinoise déjà bien ancrée et qui s’avère être un concurrent redoutable sur le segment de l’IA. S’appuyant sur des décennies d’investissements dans les infrastructures via les Nouvelles routes de la soie, Pékin bénéficie d’une position privilégiée. DeepSeek, son fer de lance dans l’IA conversationnelle, représenterait déjà 11 à 14 % des usages de chatbots sur le continent, avec des pics à 20 % en Éthiopie et au Zimbabwe, selon des données citées par Bloomberg. Un succès porté par l’omniprésence des smartphones chinois abordables et la flexibilité de plateformes open-source, moins dépendantes des écosystèmes internet américains.
Face à cette poussée, l’avenir du secteur se jouera sur trois fronts : l’infrastructure, les partenariats institutionnels et la formation des talents. Les Américains multiplient les accords avec les gouvernements, à l’image du fonds de 50 millions de dollars de la Gates Foundation et d’OpenAI pour la santé, ou du partenariat entre la start-up Anthropic et le Rwanda. Les investissements dans les data centers, portés par des acteurs comme Nvidia, se chiffrent déjà en centaines de millions de dollars, posant les bases physiques de cette révolution numérique.
L’enjeu dépasse la simple concurrence commerciale. Avec un quart de la population mondiale attendue sur le sol africain d’ici 2050, le continent représente le prochain grand marché de la tech. Pour les entreprises comme pour les États, capter ce vivier de jeunes « tech-savvy », comme le note l’experte Alice Chen, est devenu stratégique. L’Afrique n’est plus seulement un terrain d’expérimentation, mais un acteur central dont le choix de ses partenaires technologiques déterminera sa souveraineté numérique et son modèle de développement pour les décennies à venir.



