Pendant que le monde se réunit à Samarcande pour la 8ᵉ Assemblée du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), la Banque africaine de développement (BAD) publie un bilan sans concession. Depuis 2007, son partenariat avec le FEM a généré 521 millions de dollars de ressources directes, mais surtout mobilisé 4,8 milliards de dollars de cofinancement. Un effet de levier de huit pour un qui ne suffit pourtant pas à combler l’abyssal déficit climatique du continent.
Le rapport annuel 2025 de la BAD et du FEM détaille un portefeuille couvrant l’adaptation, la biodiversité, les eaux internationales, la dégradation des sols et des projets multifocaux. En 2025, le financement climatique a représenté 54 % des approbations de la Banque, soit 5,93 milliards de dollars, dont 58 % dédiés à l’adaptation. Mieux : la BAD a dépassé son objectif 2020 2025 de 25 milliards, atteignant 25,5 milliards. Des chiffres impressionnants, mais à mettre en regard des besoins réels du continent.
L’Afrique contribue à moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Elle reste pourtant l’une des régions les plus vulnérables : sécheresses, inondations, hausses de température, dégradation accélérée des écosystèmes. Paradoxe cruel, elle ne reçoit qu’une infime part des financements climatiques internationaux. Ce déséquilibre structurel est le moteur du partenariat BAD FEM. Mais dire les choses franchement : ces montants, bien qu’historiques, restent très en deçà des besoins estimés à des centaines de milliards pour la seule adaptation d’ici 2030.
L’Assemblée de Samarcande marque le lancement du neuvième cycle de reconstitution du FEM (FEM 9, 2026 2030), aligné sur la stratégie décennale de la BAD. Les priorités affichées : infrastructures résilientes, financement mixte, engagement du secteur privé, et soutien aux communautés vulnérables. La vraie question est de savoir si ce cycle saura éviter l’écueil des promesses non tenues. Car pour l’instant, le fossé entre les annonces solennelles et les décaissements réels reste un scandale silencieux.
Derrière les grands chiffres, des vies changent, mais trop lentement. En Mauritanie, des systèmes d’eau solaires à 6,35 millions de dollars ont amélioré l’accès à l’eau potable et soutenu des activités économiques féminines. En Gambie, des investissements climato intelligents dans l’eau et l’assainissement ont accru la fréquentation scolaire des filles. La Facilité pour l’inclusion énergétique, avec 10 millions du FEM sur un montage de 370 millions, a électrifié plus de 220 000 personnes, évité 184 000 tonnes de CO2 et créé 3 450 emplois. Concret, mais à l’échelle d’un continent de 1,4 milliard d’habitants, c’est une goutte d’eau.
En 2025, de nouveaux projets ont été approuvés au Bénin, Burkina Faso, Centrafrique, RDC, Libéria, São Tomé et Príncipe, entre autres. C’est bien. Mais le vrai test reste la rapidité d’exécution et l’absence de détournement. Le discours de la Journée mondiale de l’environnement rappelle que durabilité et développement sont indissociables. À Samarcande, on ne jugera pas la BAD et le FEM sur leurs intentions, mais sur leur capacité à forcer le système financier mondial à lâcher les milliards qui manquent. L’Afrique ne demande pas des miettes. Elle exige son dû.



