La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a renforcé son empreinte physique au Niger avec l’inauguration, jeudi 6 février, d’une nouvelle succursale à Tahoua, dans le nord-est du pays. Cette implantation, officialisée par le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine, marque une étape dans la stratégie de l’institution visant à densifier son réseau sur le continent.
Installée sur un vaste terrain de plus de deux hectares dans le quartier administratif de la ville, la nouvelle structure se veut un outil de travail moderne et fonctionnel. Elle comprend un bâtiment principal de trois niveaux, une résidence de fonction destinée au futur responsable de l’agence, ainsi que des annexes et des locaux techniques équipés de technologies de pointe. L’objectif affiché est d’améliorer les conditions de travail du personnel et la qualité des services rendus aux opérateurs économiques de la région.
Cette inauguration intervient dans un contexte politique et économique particulier pour le Niger. Depuis le changement de régime survenu en juillet 2023, les autorités de la Confédération des États du Sahel (AES) affichent une volonté de souveraineté, y compris monétaire, sans pour autant avoir officialisé une rupture avec l’UEMOA et sa monnaie commune. L’ouverture de cette succursale peut être interprétée comme un signal fort de la part de l’institution sous-régionale, réaffirmant son ancrage et sa volonté de maintenir le lien avec l’ensemble de ses États membres, Niger inclus.
À l’issue de la cérémonie, le Premier ministre nigérien s’est entretenu avec le gouverneur de la BCEAO, Jean Claude Kassi Brou. Ce dernier s’est montré rassurant quant à la santé économique du pays. « Nous avons échangé sur la situation économique et financière du pays. Il y a des actions importantes qui sont mises en œuvre pour renforcer la confiance et le soutien à la situation économique », a-t-il déclaré, saluant « les évolutions » constatées. Ces propos, rapportés par l’agence nigérienne de presse, visent à apaiser les inquiétudes potentielles des partenaires financiers et des investisseurs.
Au-delà de l’aspect purement logistique, ce nouvel ancrage à Tahoua pose la question de la stratégie à long terme de la BCEAO dans une région en pleine recomposition géopolitique. En investissant dans des infrastructures physiques de grande envergure, l’institution dirigée par Jean Claude Kassi Brou ancre sa présence sur le terrain, bien au-delà des simples relations institutionnelles avec le pouvoir central de Niamey. Il s’agit d’un pari sur la pérennité des liens économiques et monétaires, à un moment où les discours sur la création d’une monnaie unique au sein de l’AES se font de plus en plus pressants.
Enfin, le choix de Tahoua n’est pas anodin. Située sur un axe stratégique reliant le nord au sud du pays, la région est un carrefour commercial important, notamment pour le bétail et les produits agricoles. Disposer d’une succursale de la Banque centrale sur place devrait faciliter les transactions, sécuriser les échanges et, in fine, contribuer à l’intégration financière de zones parfois éloignées des centres de décision. Reste à savoir si cette avancée technique suffira à dissiper les nuages politiques qui s’accumulent à l’horizon monétaire de l’Afrique de l’Ouest.



