L’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, a publiquement condamné l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis, la qualifiant d'”ingérence inacceptable” et d'”acte d’agression”. Dans un communiqué officiel, la confédération sahélo-saharienne exige une réaction du Conseil de sécurité des Nations unies.
Selon l’AES, l’utilisation de la force armée par un État contre la souveraineté et l’intégrité territoriale d’un autre État constitue une violation grave du droit international. Le texte, ferme dans son ton, dénonce spécifiquement l’opération américaine comme un précédent dangereux. L’AES ne se contente pas d’une simple condamnation ; elle appelle à une mobilisation internationale pour stigmatiser cet acte.
Cette prise de position intervient dans un contexte géopolitique de reconfiguration des alliances. Les trois pays de l’AES, gouvernés par des juntes ayant rompu avec leurs anciens partenaires occidentaux, affirment une souveraineté farouche et une défiance accrue envers l’interventionnisme des puissances traditionnelles. Leur posture anti-impérialiste, déjà exprimée à travers leur sortie de la CEDEAO et leur rapprochement avec la Russie, trouve ici un nouveau champ d’expression sur la scène mondiale, au-delà du seul théâtre sahélien.
Les implications de cette déclaration sont multiples. Sur le plan diplomatique, elle place l’AES comme un bloc actif dans les affaires globales, cherchant à peser dans les arbitrages onusiens. Cela pourrait aussi renforcer les liens entre ces régimes et d’autres États en tension avec Washington, comme le Venezuela, l’Iran ou la Russie, consolidant un axe de résistance commun. La suite dépendra de la réponse, ou de l’absence de réponse, du Conseil de sécurité, testant ainsi l’influence réelle de l’AES.
Cette démarche est analysée comme une stratégie de légitimation. En s’érigeant en défenseur du droit international et de la souveraineté des États, les dirigeants de l’AES cherchent à donner une assise juridique et morale à leur propre gouvernance, souvent contestée par la communauté internationale pour leurs putschs et leurs pratiques autoritaires. Ils retournent le principe de non-ingérence contre ceux qui le leur reprochent.
Toutefois, cette position crée un paradoxe apparent. Alors que l’AES dénonce l’intervention au Venezuela, elle bénéficie elle-même du soutien militaire de mercenaires du groupe Wagner, une force étrangère dont la présence est justifiée par Bamako, Ouagadougou et Niamey comme une coopération souveraine. Cette contradiction n’est pas mentionnée dans leur communiqué mais souligne la dimension éminemment politique et opportuniste de leur realpolitik. Leur crédibilité sur ce dossier pourrait en être affectée auprès d’une partie de l’opinion internationale.
En définitive, au-delà du cas vénézuélien, la déclaration de l’AES est un signal fort de son ambition de devenir un acteur diplomatique incontournable, capable de définir et de promouvoir un ordre international alternatif. Elle reflète une volonté de bousculer l’architecture de sécurité mondiale héritée de l’après-guerre froide et de contester l’unilatéralisme des grandes puissances, au nom d’un Sud global dont elle se veut désormais l’une des voix les plus radicales.



