Le Ghana et la Corée du Sud ont signé le premier accord de suppression des visas pour les titulaires de passeports diplomatiques et de service depuis l’établissement de leurs relations diplomatiques il y a près de cinquante ans. L’annonce a été faite par le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, en marge de la réunion des ministres des affaires étrangères Afrique – Corée.
L’accord, paraphé par Ablakwa et son homologue sud‑coréen Cho Hyun, vise à fluidifier les déplacements officiels, renforcer l’engagement diplomatique et approfondir la coopération bilatérale. Il concrétise des priorités définies lors de la visite de travail du président John Mahama à Séoul en mars dernier. Les négociations se poursuivent pour étendre ce régime d’exemption aux détenteurs de passeports ordinaires, a précisé le ministre sur X.
Ce texte s’inscrit dans une stratégie plus large de l’administration Mahama : faire du Ghana l’un des pays africains les plus ouverts sur le plan diplomatique et économique. Début 2025, Accra a déjà instauré l’entrée sans visa pour tous les citoyens africains, une mesure rare sur le continent, saluée par les partisans de l’intégration régionale comme un levier essentiel pour l’Afrique continental de libre‑échange (ZLECAf). Le Ghana négocie parallèlement des accords similaires avec d’autres partenaires stratégiques.
Si les discussions aboutissent à une extension aux passeports ordinaires, l’accord pourrait stimuler le tourisme, les voyages d’affaires et les échanges entre la deuxième économie d’Afrique de l’Ouest et l’une des puissances industrielles majeures d’Asie. Pour Séoul, l’enjeu est clair : intensifier sa coopération avec l’Afrique dans les domaines de la technologie, de la fabrication et des infrastructures. Pour Accra, il s’agit de faire de la diplomatie un véritable outil de développement économique.
Cette avancée ne doit toutefois pas masquer les limites du dispositif actuel. En se limitant aux passeports diplomatiques et de service, l’accord ne concerne qu’une infime partie des citoyens ghanéens et sud‑coréens. Il traduit davantage une volonté politique d’affichage qu’une ouverture massive. Le véritable test sera la capacité des deux capitales à surmonter leurs craintes sécuritaires et migratoires pour élargir le dispositif aux citoyens ordinaires.
En ciblant Séoul, Accra diversifie ses partenariats asiatiques traditionnellement dominés par la Chine. La Corée du Sud, qui a organisé le premier sommet Afrique – Corée en 2024, cherche à rattraper son retard face à Pékin et Tokyo sur le continent. Mais les annonces ghanéennes s’accumulent : après l’ouverture aux Africains, puis cet accord avec Séoul, reste à vérifier leur mise en œuvre concrète et leur effet réel sur les investissements et la mobilité. Sans suivi rigoureux, ces mesures risquent de n’être que des déclarations d’intention.



