Le Ghana a décidé de déposer une candidature officielle pour rejoindre les BRICS. L’annonce a été faite mardi 6 octobre à Accra par le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue indien, Subrahmanyam Jaishankar, en visite dans la capitale ghanéenne. Accra cherche ainsi à élargir ses partenariats économiques et diplomatiques, sans rompre avec ses alliés traditionnels.
La démarche a été validée en conseil des ministres par le président John Dramani Mahama. Le chef de la diplomatie ghanéenne a toutefois nuancé l’annonce : le pays doit encore déposer son dossier, rassembler des soutiens et, surtout, être admis. Ni la date du dépôt ni le statut visé, membre de plein droit ou pays partenaire, n’ont été précisés. L’Inde, membre fondateur du groupe, est sollicitée comme point d’appui pour instruire la candidature. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont plus que doublé, passant d’environ 3 milliards de dollars en 2024 à près de 7 milliards aujourd’hui, selon Samuel Okudzeto Ablakwa. Deux protocoles d’accord ont été signés dans l’agriculture et dans les sciences et technologies, et les deux capitales disent vouloir étendre leur coopération au rail, à la pharmacie, aux technologies de l’information et à la défense. Subrahmanyam Jaishankar s’est dit favorable aux ambitions ghanéennes, tout en rappelant qu’une adhésion relève d’une décision collective des membres du groupe.
Cette candidature s’inscrit dans un contexte de repositionnement stratégique du Ghana après deux années de stabilisation économique. Le pays sort d’une crise financière sévère en 2023-2024, durant laquelle Afreximbank lui a apporté environ 700 millions de dollars. Le ministre met en avant la souveraineté sur les ressources naturelles et le refus des conditionnalités posées par certaines institutions internationales. « Nous ne voulons pas continuer à exporter des matières premières », a-t-il affirmé, plaidant pour une transformation locale et un traitement entre partenaires égaux. Cette orientation accompagne le tournant économique voulu par John Dramani Mahama, baptisé « New Economy » et décliné en sept piliers, qui vise une croissance créatrice d’emplois et l’industrialisation. Le Ghana ne tourne pas le dos à ses partenaires historiques, insiste le ministre : le pays reste membre des institutions de Bretton Woods.
Les perspectives d’adhésion restent toutefois incertaines. Le groupe distingue deux statuts : les membres de plein droit et les « pays partenaires », catégorie créée au sommet de Kazan en octobre 2024. L’admission suppose l’accord de l’ensemble des membres, chacun des fondateurs disposant d’un droit de veto sur le processus. Le Ghana dit compter sur le soutien des membres du bloc, tous représentés diplomatiquement à Accra, et juge que le message des BRICS porte depuis leur récent sommet de New Delhi. Mais aucune échéance n’a été annoncée, et le pays n’a pas précisé s’il visait une adhésion complète ou un statut de partenaire.
L’Afrique compte déjà six pays dans l’orbite du bloc : trois membres de plein droit et trois partenaires. Fondés par le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, les BRICS ont accueilli l’Afrique du Sud en 2010. L’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis les ont rejoints en 2024, suivis de l’Indonésie. Le Nigeria, l’Ouganda et l’Algérie ont accédé au statut de partenaires en janvier 2025, aux côtés de la Biélorussie, de la Bolivie, de Cuba, du Kazakhstan, de la Malaisie, de la Thaïlande, de l’Ouzbékistan et du Vietnam. La candidature ghanéenne s’ajoute donc à une dynamique d’élargissement déjà engagée, mais dont les modalités restent strictement contrôlées par les fondateurs.
Pour Accra, l’enjeu dépasse la simple adhésion à un club. Il s’agit de diversifier les sources de financement et les alliances diplomatiques dans un contexte de défiance croissante envers les conditionnalités des institutions financières internationales. Le Ghana entend ainsi se positionner comme un acteur capable de négocier en position de force, tout en préservant ses relations avec ses partenaires historiques. Reste à savoir si cette stratégie de équilibre convaincra les membres des BRICS, dont les intérêts divergent et qui n’ont pas encore défini de critères d’adhésion clairs.



