Le Liberia a officiellement lancé sa Stratégie Nationale de Transformation Numérique, une feuille de route ambitieuse s’étendant jusqu’en 2029. Ce plan structurant vise à bâtir un écosystème numérique plus inclusif, sécurisé et innovant pour l’ensemble du pays, en faisant des technologies un levier de développement économique et social.
Cette stratégie se décline autour de huit domaines d’intervention prioritaires, définis par l’Autorité libérienne des Télécommunications (LTA) et le ministère des Postes et Télécommunications. Les axes principaux sont la connectivité universelle, l’inclusion numérique, la mise en place d’un système national d’adressage, une réforme du secteur postal, le renforcement de la cybersécurité et de la souveraineté des données, le déploiement de l’e-gouvernement et la stimulation de l’innovation dans les TIC. L’objectif affiché est de générer une croissance économique durable, d’améliorer les services publics, de créer des emplois et de réduire significativement la fracture numérique, particulièrement au profit des zones rurales et des populations marginalisées.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où le Liberia, encore marqué par les séquelles de longues années de conflits et par des infrastructures déficientes, accuse un retard important en matière de connectivité et de pénétration du numérique. La fracture entre la capitale Monrovia et l’arrière-pays reste abyssale, entravant l’accès aux services essentiels et limitant les opportunités économiques. Le pays cherche ainsi à combler un déficit critique pour rattraper son retard dans une région, l’Afrique de l’Ouest, où la course à la digitalisation s’est intensifiée.
La réussite de ce plan dépendra largement des financements et des partenariats techniques qui pourront être conclus. Le timing de son lancement, survenant peu après des discussions approfondies entre les autorités libériennes et une délégation de la Banque mondiale sur la coopération numérique, est révélateur. Les perspectives immédiates incluent des négociations pour obtenir un soutien financier et logistique, notamment pour l’extension des réseaux à haut débit, la modernisation des infrastructures télécoms vieillissantes et la formation des compétences locales nécessaires à cette transition.
Les observateurs notent que la clé du succès résidera dans la capacité de mise en œuvre concrète, un point souvent problématique dans la région. La stratégie devra surmonter des défis opérationnels majeurs : un cadre réglementaire parfois opaque, des coûts d’accès à internet encore prohibitifs pour une large partie de la population, et un déficit de capital humain spécialisé. La mention explicite de la “souveraineté des données” reflète également une préoccupation croissante sur le continent face à la domination des géants technologiques étrangers.
Si elle est menée à bien, cette transformation pourrait avoir des effets structurants sur la gouvernance et la transparence. Le déploiement de services d’e-gouvernement, couplé à un système d’adressage national fiable, pourrait révolutionner l’accès aux documents administratifs, simplifier le paiement des impôts et améliorer la planification des services publics. Il s’agit ni plus ni moins d’un projet de modernisation de l’État, qui vise à renforcer la relation entre les citoyens et leurs institutions par le canal du numérique.



