Tony Elumelu, l’un des hommes d’affaires les plus influents du Nigeria, deviendra président du conseil d’administration de Seplat Energy en janvier 2027. Cette nomination, officialisée par un avis à la Bourse nigériane, place le fondateur de Heirs Holdings à la tête de l’un des plus grands producteurs indépendants de pétrole et de gaz en Afrique de l’Ouest. Il succédera à Udoma Udo Udoma, l’actuel président, et confirme une montée en puissance amorcée quelques mois plus tôt.
L’ascension d’Elumelu au sommet de Seplat Energy ne doit rien au hasard. Elle intervient après l’acquisition par Heirs Energies, sa holding énergétique, d’une participation de 20,07 % dans la compagnie, rachetée à Maurel & Prom pour environ 496 millions de dollars. Ce rachat de 120,4 millions d’actions a fait de Heirs Energies le premier actionnaire de Seplat. Nommé administrateur non exécutif en janvier 2026, Elumelu a vu sa légitimité consacrée lors de l’assemblée générale de mai 2026, avec près de 100 % de votes favorables. La présidence à venir n’est donc que l’aboutissement logique d’une stratégie d’influence actionnariale.
Fondée en 2009, Seplat Energy s’est imposée comme un acteur clé du secteur énergétique nigérian, bien avant l’entrée fracassante d’Elumelu à son capital. Son ampleur a connu un bond décisif en décembre 2024, avec le rachat à 1,28 milliard de dollars des actifs pétroliers peu profonds d’ExxonMobil au Nigeria. En 2025, la société produisait en moyenne 131 506 barils équivalent pétrole par jour, pour un chiffre d’affaires de 2,73 milliards de dollars. Ses réserves prouvées et probables avoisinent le milliard de barils. Dans ce paysage dominé par les majors internationales et les compagnies publiques, Seplat incarne une tentative africaine de souveraineté énergétique.
Avec Elumelu à sa présidence à partir de 2027, Seplat Energy devrait accélérer sa stratégie de croissance et de transformation, selon les propres termes de la société. L’homme d’affaires, connu pour sa philosophie de l’« africapitalisme », mise sur l’intégration locale des chaînes de valeur et l’expansion régionale. Reste à savoir si cette concentration de pouvoirs entre ses mains – via Heirs Energies, Transcorp, UBA et désormais Seplat – favorisera une meilleure gouvernance ou accentuera les risques liés à l’interconnexion de ses intérêts. Les marchés, eux, surveilleront la capacité du groupe à maintenir sa rentabilité tout en élargissant son empreinte gazière, secteur clé pour la transition énergétique au Nigeria.
L’estimation de la fortune de Tony Elumelu varie considérablement selon les sources. Forbes l’évaluait à 700 millions de dollars en 2015, mais des estimations plus récentes, comme celle de MoneyCentral en janvier 2026, la portent à 3,2 milliards de dollars, en intégrant ses parts dans Heirs Energies, UBA, Transcorp et d’autres actifs non cotés. Pourtant, aucun indice mondial de référence comme le Bloomberg Billionaires Index n’a publié de chiffre vérifié récemment. Ce flou comptable n’entame pas son influence réelle, largement documentée : de vendeur de photocopieurs à banquier puis bâtisseur d’empire, Elumelu incarne une certaine réussite entrepreneuriale africaine, amplifiée par une présence numérique soignée et un discours politique sur le rôle du secteur privé dans le développement du continent.



