Le Maroc est désormais actionnaire de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), une première pour un pays extérieur à la zone CEMAC. Sa participation, certes modeste avec 0,40 % du capital, a été officialisée dans les états financiers 2025 de l’institution. Une entrée discrète mais lourde de sens pour l’équilibre régional.
Cette part correspond à un capital souscrit de 6 milliards de francs CFA, soit environ 9,15 millions d’euros. Seule une fraction est appelée et libérée pour l’instant. Le Maroc se place ainsi derrière la France (0,83 %) et le fonds libyen LAIP (0,65 %) parmi les actionnaires non membres de la CEMAC. Une position encore symbolique, mais qui ouvre la voie à une coopération plus large avec l’Afrique centrale.
Créée en 1975, la BDEAC est la principale institution financière multilatérale de la CEMAC, elle même union de six pays aux économies fragiles et très dépendantes des matières premières. Longtemps dominée par les États membres et la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), l’institution cherche depuis plusieurs années à diversifier son actionnariat pour renforcer ses fonds propres et son attractivité. L’entrée du Maroc, acteur montant du développement continental, s’inscrit dans cette logique.
À court terme, la présence marocaine pourrait faciliter des cofinancements entre la BDEAC et des institutions nord‑africaines comme la Banque africaine de développement ou la BADEA. À moyen terme, Rabat pourrait chercher à accroître sa participation, à l’instar de ce qu’il a fait dans d’autres banques régionales. Mais tout dépendra de la rentabilité et de la gouvernance de l’institution, encore fragilisée par des risques de concentration sur les États membres.
Les résultats 2025 sont solides mais contrastés. Le total du bilan atteint près de 1,59 milliard d’euros, en hausse par rapport à 2024. Le bénéfice net s’élève à 7,93 millions d’euros, un niveau modeste mais positif. Les capitaux propres dépassent 589 millions d’euros, grâce à une structure où les États membres et la BEAC contrôlent plus de 84 % des actions. Cette mainmise publique garantit la stabilité, mais limite la flexibilité commerciale de la banque.
Les cabinets Forvis Mazars et Grant Thornton ont certifié les comptes sans réserve, tout en alertant sur plusieurs vulnérabilités. La liquidité, le niveau de capital appelé non encore versé, la concentration du risque de crédit sur les seuls États de la CEMAC et le respect de certaines clauses financières demeurent des sujets de vigilance. Les auditeurs saluent toutefois les mesures prises par les États membres et la BEAC pour garantir la solvabilité de l’institution à court et moyen termes. Un signal rassurant, mais qui ne doit pas masquer la fragilité structurelle de l’édifice.



