Le ministère nigérien des Transports vient d’infliger des sanctions drastiques à plus d’une trentaine d’acteurs du secteur des hydrocarbures. Ces derniers ont refusé d’obtempérer à une réquisition officielle de leurs camions-citernes fin octobre 2025, destinée à approvisionner le Mali voisin en pleine pénurie de carburant.
Un arrêté ministériel, consulté par Jeune Afrique, stipule que ce refus « constitue une infraction grave aux obligations légales et réglementaires en vigueur ». Les sanctions sont immédiates et sans appel : quatorze transporteurs se voient retirer définitivement leur droit d’exercer le transport d’hydrocarbures, un autre est suspendu pour un an, et dix-neuf chauffeurs ont eu leur permis de conduire annulé sur-le-champ. Ces mesures illustrent la volonté des autorités de Niamey de faire respecter par la force leurs décisions de réquisition.
Cette décision s’inscrit dans un contexte géopolitique et sécuritaire précis. Depuis septembre 2025, les groupes armés, principalement le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), mènent des attaques ciblées et répétées contre les axes routiers approvisionnant le Mali en carburant depuis la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Ces perturbations ont plongé Bamako dans une crise aiguë, affectant son économie et sa stabilité. En réaction, l’Alliance des États du Sahel (AES), bloc regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, a activé des mécanismes de solidarité régionale. Dès novembre 2025, le Niger avait ainsi organisé des convois spéciaux de carburant vers le Mali.
Les perspectives à court terme sont marquées par une volonté affichée de renforcer l’autonomie et la coopération interne de l’AES face aux défis sécuritaires et aux pressions extérieures. Cette affaire de sanctions envoie un signal fort aux acteurs économiques quant aux priorités stratégiques des régimes en place. Elle préfigure probablement un recours accru aux mesures coercitives et aux réquisitions pour garantir la sécurité énergétique des membres de l’alliance, au détriment parfois des règles du marché libre.
Cette crise révèle la vulnérabilité extrême des chaînes d’approvisionnement terrestres dans le Sahel. L’étau sécuritaire se resserre sur les routes commerciales traditionnelles, obligeant les pays de l’AES à imaginer des circuits alternatifs, souvent plus longs et plus coûteux. La dépendance aux importations de carburant, vitale pour les économies et les opérations militaires, devient un enjeu de souveraineté critique pour les régimes de Bamako, Ouagadougou et Niamey.
Au-delà de la solidarité affichée, l’analyse des observateurs régionaux pointe un double défi. D’une part, la capacité logistique et financière du Niger à soutenir durablement son voisin malien reste une question ouverte. D’autre part, la sévérité des sanctions interroge sur le climat des affaires et les risques perçus par les opérateurs privés dans un environnement où les impératifs politiques peuvent primer sur la logique économique. La fermeté de Niamey cherche aussi à dissuader toute velléité de résistance future à ses directives, consolidant le rôle central de l’État dans la gestion de secteurs jugés stratégiques.
Enfin, cet épisode souligne la maturation progressive des institutions de l’AES, qui passent des déclarations d’intention à la mise en œuvre opérationnelle, fût-elle coercitive. La réaction nigérienne démontre que la coopération au sein du bloc n’est pas un vain mot et qu’elle peut s’accompagner de contraintes fortes pour les acteurs nationaux. L’efficacité de cette approche pour résoudre structurellement la crise malienne reste toutefois à démontrer, dans un Sahel où les causes profondes de l’insécurité persistent.



