Le président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a entamé ce lundi une visite officielle de deux jours à Alger, où il a été reçu par son homologue Abdelmadjid Tebboune. Ce déplacement, le premier du genre depuis la prise de pouvoir par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) en juillet 2023, marque une étape significative dans le réchauffement des relations bilatérales. Officiellement présentée comme une visite « d’amitié et de travail », elle intervient alors que le Niger, confronté à l’isolement diplomatique ouest-africain, cherche à diversifier ses alliances stratégiques.
Au-delà des embrassades protocolaires, les discussions entre les deux chefs d’État portent sur des dossiers concrets visant à structurer un partenariat de long terme. À la tête d’une importante délégation, le général Tiani est venu avec des ambitions claires : accélérer la finalisation du projet de gazoduc transsaharien (TSGP) reliant le Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie, et renforcer la coopération sécuritaire le long de leurs 956 kilomètres de frontière commune. Les sujets liés aux infrastructures, aux échanges commerciaux et à la formation de cadres nigériens en Algérie figurent également à l’ordre du jour de cette visite qui se veut résolument tournée vers l’opérationnel.
Ce rapprochement spectaculaire ne peut se comprendre sans analyser la recomposition géopolitique en cours au Sahel. Depuis le coup d’État, le Niger s’est radicalement éloigné de la France et de la CEDEAO, se tournant vers de nouveaux partenaires. L’Algérie, de son côté, voit d’un bon œil l’affirmation d’un pouvoir à Niamey qui partage sa défiance vis-à-vis des ingérences étrangères et sa vision d’une souveraineté régionale. Alger, qui avait traditionnellement maintenu des relations prudentes avec les régimes militaires, semble désormais considérer le CNSP comme un interlocuteur incontournable pour stabiliser ses frontières sud et contrer l’influence d’autres puissances dans la région.
Cette visite pourrait sceller un rééquilibrage majeur des alliances de Niamey. En s’appuyant sur Alger, le général Tiani consolide son assise face à ses voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES) – le Burkina et le Mali – qui entretiennent des relations plus ambiguës avec l’Algérie, notamment sur la question touarègue. Pour Tebboune, il s’agit de verrouiller son flanc sud et de s’imposer comme un médiateur incontournable, reléguant au second plan les initiatives ouest-africaines. À court terme, on peut s’attendre à des annonces sur le dégel de projets énergétiques gelés et à une coordination sécuritaire accrue, notamment dans la lutte contre les groupes armés transfrontaliers.
Au-delà des enjeux sécuritaires et énergétiques, cette visite met en lumière la bataille d’influence que se livrent les puissances régionales. En accueillant le leader du CNSP, Alger envoie un signal fort à ses concurrents, notamment marocains, avec qui la rivalité diplomatique s’étend désormais jusqu’au cœur du Sahel. Pour Niamey, cette diversification des partenaires est une nécessité vitale pour sortir de la pression économique et politique exercée par la CEDEAO. Reste à savoir si cette nouvelle lune de miel se traduira par des avancées tangibles sur le terrain, loin des déclarations d’intention qui ont trop souvent émaillé les relations entre les deux pays par le passé.



