Les ministres arabes des Affaires étrangères ont choisi l’unanimité, dimanche 29 mars, pour désigner le diplomate égyptien Nabil Fahmy comme nouveau secrétaire général de la Ligue arabe. Cette décision, adoptée lors d’une réunion en visioconférence, marque la fin du mandat d’Ahmed Aboul-Gheit, en poste depuis 2016. La nomination, qui doit encore être officialisée par le sommet arabe prévu en Arabie saoudite, prendra effet le 1er juillet pour un mandat de cinq ans.
La candidature de Nabil Fahmy a été portée par Le Caire et n’a rencontré aucune opposition au sein du Conseil ministériel. Ce large consensus traduit moins une formalité diplomatique qu’une volonté collective de s’appuyer sur une figure expérimentée dans un moment de fragilité. Ancien ministre des Affaires étrangères entre 2013 et 2014, Fahmy a également été ambassadeur d’Égypte aux États-Unis et au Japon, un parcours qui lui confère une légitimité technique rare au sein de l’organisation panarabe.
Cette transition intervient alors que la Ligue arabe traverse l’une de ses périodes les plus critiques depuis sa création. La réunion ministérielle qui a entériné le choix de Fahmy a été largement consacrée aux développements sécuritaires, en particulier aux attaques iraniennes visant certains pays arabes. Dans ce cadre, l’organisation peine souvent à dépasser les clivages internes pour peser sur les crises majeures. L’arrivée d’un diplomate égyptien, huitième du pays à occuper ce poste, confirme la centralité du Caire dans l’équilibre régional, mais rappelle aussi la difficulté historique de l’institution à s’émanciper des grandes puissances arabes.
Dès sa désignation, Nabil Fahmy a alerté sur les menaces pesant sur la stabilité du monde arabe, évoquant sans détour les tentatives d’ingérence et d’hégémonie. Son discours d’entrée en fonction laisse présager une ligne dure en matière de souveraineté. Reste à savoir s’il parviendra à transformer ce langage en actions concrètes, alors que les divisions entre États membres, notamment sur les dossiers libyen, soudanais ou syrien, paralysent régulièrement les initiatives communes. Sa réputation de spécialiste des questions de désarmement et de sécurité régionale pourrait néanmoins lui permettre de renforcer la crédibilité technique de l’institution.
Le parcours de Nabil Fahmy illustre une forme de retour aux sources pour la Ligue arabe. Formé à l’école diplomatique égyptienne, il incarne une approche étatique classique, fondée sur l’équilibre des puissances et la stabilité des régimes. Mais cette vision se heurte à une réalité régionale fragmentée, où les acteurs non étatiques et les ingérences extérieures redéfinissent les équilibres. Son expérience d’ambassadeur à Washington pourrait également faciliter les canaux de communication avec l’administration américaine, un atout stratégique dans un contexte où les capitales arabes cherchent à diversifier leurs alliances.
En acceptant cette fonction, Fahmy hérite d’une institution souvent accusée de décalage avec les urgences populaires et sécuritaires. Son succès dépendra moins de sa compétence personnelle que de sa capacité à convaincre les capitales divisées de privilégier l’intérêt collectif. À soixante-dix-sept ans, il s’agit sans doute pour lui du dernier grand rôle diplomatique. Dans une région où les symboles comptent autant que les rapports de force, son arrivée coïncide avec une tentative réaffirmée de l’Égypte de reprendre la main sur le leadership arabe.



