Le dernier indice de la liberté sur internet, publié par le spécialiste Cloudwards, dresse un état des lieux contrasté du continent africain. Si certains pays comme le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire ou les Seychelles affichent une ouverture numérique quasi-totale, d’autres imposent des restrictions sévères qui entravent l’accès des citoyens à l’information. L’étude, qui attribue une note de 0 (très restrictif) à 100 (libre accès), place ainsi des nations comme le Soudan et l’Égypte parmi les espaces les plus verrouillés du continent.
Cette notation repose sur l’analyse de quatre catégories précises : l’accès aux sites de torrent, aux contenus pour adultes, aux informations politiques et civiques, ainsi qu’aux réseaux privés virtuels (VPN). Un pays obtient un score élevé lorsqu’il autorise ces différents canaux sans entrave. À l’inverse, les notes les plus basses reflètent une combinaison de censure, de blocages administratifs ou d’interdictions pures et simples, motivés par des considérations de sécurité, des priorités politiques ou des principes moraux.
Ces restrictions ne sont pas anodines et s’inscrivent dans un contexte politique tendu. Plusieurs États africains ont pris l’habitude de couper l’accès à la toile lors des échéances électorales, invoquant la nécessité de lutter contre les fausses nouvelles ou de préserver l’ordre public. La République du Congo a ainsi imposé un blackout numérique quasi-total lors de la présidentielle de mars 2026. L’Ouganda a suspendu les services avant ses élections générales de janvier de la même année, tandis que la Tanzanie a limité la connectivité lors des scrutins d’octobre 2025.
Pour les autorités, ces mesures sont des outils de régulation visant à garantir la tenue de scrutins apaisés. Mais pour les défenseurs des droits numériques, elles traduisent une volonté de contrôle de l’information et de la parole citoyenne. En neutralisant les réseaux sociaux et les plateformes de messagerie, les gouvernements limitent la capacité d’organisation de la société civile et réduisent la transparence du processus électoral, creusant un peu plus la défiance entre les gouvernés et leurs dirigeants.
À l’autre extrémité du spectre, des pays comme le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire ou les Seychelles (tous trois avec un score de 84) prouvent qu’il est possible de concilier gouvernance et ouverture numérique. Si ces États imposent des garde-fous, notamment sur les contenus protégés par le droit d’auteur, ils offrent à leurs populations un accès stable et diversifié à l’éducation en ligne, au commerce électronique et aux débats citoyens.
Cette libéralisation est un atout dans la course à la compétitivité. Alors que l’Afrique accélère sa transition numérique, l’équation devient complexe pour les décideurs. Trouver le juste équilibre entre impératifs de sécurité et liberté d’accès sera déterminant. Un internet ouvert n’est pas seulement un marqueur démocratique ; il est aussi le terreau de l’innovation, un catalyseur d’investissements et un levier essentiel pour permettre au continent de peser dans l’économie mondiale de la donnée.



