Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien guide libyen et prétendant controversé à la présidence, a été assassiné mardi 3 février à son domicile de Zintan, dans le nord-ouest de la Libye. Agé de 53 ans, l’homme qui incarnait pour une partie de la population la possibilité d’une restauration politique de l’ancien régime a été abattu par des hommes armés non identifiés, selon son entourage.
La mort de Saïf al-Islam Kadhafi intervient dans des circonstances obscures, mais illustre l’extrême vulnérabilité des figures publiques dans une Libye en proie au chaos et aux luttes de pouvoir. Depuis sa libération de prison en 2016, il vivait reclus dans une villa isolée de Zintan, sous haute protection, ne communiquant qu’avec un cercle restreint. Sa vie discrète n’aura pas suffi à le protéger d’une élimination qui semble ciblée, dans une région pourtant considérée comme un de ses bastions.
Cette disparition s’inscrit dans la trajectoire profondément contrariée du fils de Mouammar Kadhafi. Formé à Londres et présenté dans les années 2000 comme un réformateur et un interlocuteur privilégié de l’Occident, il avait contribué à des libérations de prisonniers politiques et portait un projet de transition démocratique. La révolte de 2011 a radicalement brisé cette image : ses menaces de « bains de sang » pour défendre le régime, son arrestation, sa condamnation à mort en 2015 puis son amnistie en ont fait un symbole à la fois du passé et d’une éventuelle réconciliation nationale. Sa candidature invalidée à la présidentielle de 2021, qui n’a jamais eu lieu, avait relancé son profil politique.
Son assassinat complique davantage le paysage politique libyen et enterre probablement tout projet de restauration kadhafiste par les urnes. Saïf al-Islam était le dernier fils du Guide à nourrir une ambition nationale ouverte et bénéficiait d’une réelle base de soutien, notamment parmi les tribus et les nostalgiques du régime. Sa disparition crée un vide dans ce courant politique et risque de renforcer les logiques de fragmentation et de règlements de comptes, alors que le pays reste divisé entre deux gouvernements et une myriade de milices.
Au-delà du politique, Saïf al-Islam était un intellectuel méfiant et isolé, marqué par la violence de la chute de sa famille en 2011. Ses proches décrivaient un homme solitaire, se promenant en lisière du désert avec un livre, héritage de ses années de détention. Diplômé en économie et en architecture, il s’était aussi adonné à la peinture, exposant à l’étranger. Ces dernières années, il avait timidement repris pied sur les réseaux sociaux, commentant l’actualité internationale et laissant filtrer sa persistante ambition présidentielle.
L’enquête sur son assassinat sera un test pour les autorités de facto de la région et pour le gouvernement national d’unité, dont l’autorité reste limitée. Aucun groupe n’a revendiqué l’attaque, ouvrant la voie aux spéculations les plus diverses : règlement de compte interne, opération d’une milice rivale, ou action visant à empêcher définitivement un retour en grâce électoral. Quel que soit le commanditaire, cet acte rappelle cruellement que la Libye, treize ans après la chute de Mouammar Kadhafi, reste un État failli où la violence est l’ultime arbitre des ambitions politiques.



