Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a réaffirmé, lors d’une réunion au Caire avec les chefs de la diplomatie algérienne et tunisienne, la nécessité de pérenniser le mécanisme de consultation entre les trois pays voisins de la Libye. Présenté comme un cadre régional incontournable, ce forum trilatéral entend peser sur le dossier libyen pour enrayer plus d’une décennie de chaos. La présidence égyptienne a insisté sur le rôle central de cette coordination pour soutenir une solution politique durable, alors que les échéances électorales restent constamment reportées.
Pour Le Caire, Alger et Tunis, la stabilité de la Libye est une question de sécurité intérieure autant que de diplomatie régionale. Leurs ministres des Affaires étrangères, réunis en présence du chef de l’État égyptien, ont martelé qu’une solution politique demeure « la seule voie » pour sortir durablement de l’impasse. Ils ont renouvelé leur soutien sans faille au processus onusien tout en plaidant pour une feuille de route claire, aboutissant à des élections présidentielle et législatives simultanées, seules à même de trancher la légitimité des institutions en compétition.
Cette relance intervient dans un climat de tensions accrues, où les ingérences étrangères se multiplient sur le sol libyen, ravivant les lignes de faille entre l’Est et l’Ouest. Depuis 2011, les pays voisins tentent d’endiguer les retombées sécuritaires du conflit, mais leurs efforts se heurtent souvent aux calculs des puissances extérieures. L’initiative trilatérale, qui a connu des hauts et des bas, cherche aujourd’hui à reconquérir une marge de manœuvre face à une communauté internationale divisée, tout en répondant aux aspirations d’une population libyenne lassée par la fragmentation politique.
L’avenir de ce mécanisme dépendra de sa capacité à traduire ses déclarations en actes concrets sur le terrain. Les trois capitales insistent sur une solution « libyenne-libyenne » et rejettent toute ingérence, mais elles savent que leur influence reste subordonnée à l’unité de leurs propres positions, historiquement fluctuantes sur le dossier. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer si ce cadre peut réellement contraindre les belligérants à s’asseoir à la même table, ou s’il ne demeure qu’une déclaration d’intention supplémentaire dans une crise qui n’en manque pas.
Au-delà du volet politique, les trois ministres ont défendu une stratégie intégrée, liant la sécurité au développement économique et à la cohésion sociale. Sans stabilité, il n’y aura ni investissements ni retour des populations déplacées. Par ailleurs, ils ont fermement réitéré leur appel au retrait immédiat des forces étrangères, des combattants et des mercenaires, tout en saluant le rôle de la Commission militaire 5+5, présentée comme un pilier fragile mais essentiel du cessez-le-feu. Cet engagement commun est perçu comme un test de crédibilité pour les signataires.
Les trois pays ont enfin convenu d’intensifier leur coordination avec les Nations Unies, la Ligue arabe et l’Union africaine pour maintenir la pression sur les acteurs locaux. Cette stratégie multilatérale vise à empêcher que le dossier libyen ne soit à nouveau confisqué par des agendas parallèles. En multipliant les canaux de dialogue, Le Caire, Alger et Tunis espèrent créer un momentum diplomatique qui contraigne enfin les factions à privilégier l’intérêt national commun. Reste à savoir si cette volonté politique affichée saura résister aux épreuves du terrain.



