Le Mali confirme son émergence sur la scène africaine du lithium. Deux mines sont entrées en production entre 2024 et 2025, et le gouvernement vient de renouveler dix permis de recherche, dont deux dédiés au lithium, détenus par une filiale de l’australien First Lithium. Ce mouvement marque une nouvelle phase pour le secteur : après la mise en exploitation, place à l’exploration intensive, avec des acteurs russes et australiens qui viennent désormais concurrencer la domination chinoise.
Les permis renouvelés concernent les zones de Gouna et Faraba, dans le sud du pays. Accordés en 2018 à Intermin Lithium, filiale de First Lithium, ils avaient déjà été renouvelés en 2022, avant d’être bloqués par une suspension administrative de décembre 2022 à mars 2025. First Lithium, qui a pris le contrôle des actifs en 2023, y a mené une campagne d’exploration ciblée sur les prospects de Blakala et Faraba. Ce renouvellement est stratégique : la compagnie australienne attendait cette validation pour publier sa première estimation officielle des ressources, désormais attendue pour le troisième trimestre 2026.
Le Mali s’inscrit dans une dynamique continentale où le lithium est devenu un enjeu majeur de souveraineté industrielle. Avec les mises en production de Goulamina (fin 2024) et Bougouni (début 2025), le pays rejoint le cercle restreint des producteurs africains, aux côtés du Zimbabwe, de la RDC ou du Ghana. La Chine, via Ganfeng, y est très présente, mais le paysage évolue. En mai dernier, le groupe public russe Rosatom a annoncé des résultats préliminaires encourageants sur un site qu’il contrôle, signalant un intérêt géopolitique croissant pour cette ressource stratégique dans la région sahélienne.
Les prochains mois seront décisifs pour mesurer la réalité de cet engouement. First Lithium doit livrer ses estimations, qui détermineront la viabilité économique de ses gisements. Parallèlement, le sort des permis détenus par Lithium Africa, en partenariat avec Ganfeng, reste incertain : trois de ses projets maliens ont vu leurs titres expirer en 2025 et leur renouvellement est toujours en attente. À plus long terme, la transformation d’éventuelles découvertes en mines opérationnelles dépendra de plusieurs facteurs : prix du lithium, accès aux financements, stabilité réglementaire et évolution de la demande mondiale, que l’Agence internationale de l’énergie estime devoir tripler d’ici 2040.
La multiplication des acteurs sur le lithium malien ne signifie pas pour autant une ouverture totale du secteur. La Russie, via Rosatom, ne cache pas ses ambitions stratégiques, tandis que l’Australie, via First Lithium, cherche à s’implanter durablement. Mais les contraintes logistiques restent lourdes : éloignement des ports, infrastructures électriques insuffisantes, coût de l’énergie, et instabilité sécuritaire dans certaines zones. Ces obstacles pourraient freiner la rentabilité des futurs projets, même si les gisements s’avèrent prometteurs.
L’arrivée de Rosatom ne se lit pas uniquement comme une manœuvre économique. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de la Russie en Afrique de l’Ouest, où elle cherche à renforcer ses positions minières et diplomatiques, notamment dans les pays en rupture avec la France. Le Mali, en pleine redéfinition de ses alliances, pourrait utiliser cette concurrence pour rééquilibrer ses partenariats, sans toutefois remettre en cause la place prépondérante des groupes chinois, qui disposent déjà d’une longueur d’avance en termes de capacités de raffinage et d’accès aux marchés asiatiques.
La hausse prévue de la demande de lithium, portée par la transition énergétique, confère à ces explorations une dimension planétaire. L’AIE classe le lithium parmi les minéraux critiques connaissant la croissance la plus rapide. Mais cette attractivité expose aussi le Mali à une volatilité des prix, comme celle observée en 2023, qui avait refroidi certains investisseurs. La capacité du pays à transformer ses ressources en levier de développement, plutôt qu’en simple fournisseur de matières premières, reste un défi politique et économique majeur pour les années à venir.



