Les États-Unis vont déployer environ 200 soldats au Nigeria pour former et conseiller l’armée nationale dans sa lutte contre les groupes jihadistes. Cette décision, officialisée mardi 10 février par les autorités militaires des deux pays, marque un nouveau renforcement de la coopération sécuritaire entre Washington et Abuja.
Ce contingent américain aura pour mission principale de fournir un appui en formation et un soutien technique aux forces armées nigérianes. Selon le général Samaila Uba, porte-parole de l’armée nigériane, ces troupes participeront à des programmes d’entraînement spécifiques. L’initiative est pilotée par le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (USAFRICOM), qui a confirmé les modalités de ce déploiement de conseillers militaires.
Ce renforcement de l’assistance militaire américaine s’inscrit dans un contexte de pression diplomatique soutenue de Washington sur Abuja. Depuis plusieurs mois, l’administration du président Donald Trump exhorte le gouvernement nigérian à mieux protéger les populations civiles, notamment dans le nord-est du pays ravagé par l’insurrection de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Trump a publiquement qualifié les violences intercommunautaires et les attaques ciblées au Nigeria de « persécution » et de « génocide » contre les chrétiens, une terminologie controversée que le gouvernement fédéral nigérian rejette.
À court terme, ce déploiement devrait se concentrer sur l’amélioration des capacités tactiques et logistiques des unités nigérianes engagées dans le Nord-Est. À plus long terme, il pourrait préfigurer une implication américaine plus directe dans le renseignement ou la coordination des opérations, bien que les deux parties insistent sur un rôle non combattant. Les conséquences sur le terrain dépendront de l’efficacité de ce transfert de compétences et de la capacité de l’armée nigériane à intégrer ces enseignements.
Cette évolution intervient alors que la sécurité du Nigeria, première puissance économique et démographique d’Afrique, est une préoccupation majeure pour la stabilité régionale du Sahel et du golfe de Guinée. La lutte contre l’insurrection jihadiste, qui a fait plus de 36 000 morts et deux millions de déplacés depuis 2009, reste un défi immense malgré les affirmations répétées des autorités sur la défaite des groupes armés.
Analystes et observateurs notent que cette coopération accrue comporte des enjeux politiques sensibles. D’un côté, Washington cherche à contenir l’expansion des groupes jihadistes et à sécuriser ses intérêts stratégiques. De l’autre, le gouvernement nigérian, soucieux de sa souveraineté, doit gérer l’image d’une armée nationale nécessitant un appui extérieur tout en répondant aux critiques internationales sur sa gestion des violences intercommunautaires et son respect des droits humains. Le succès de cette mission de formation sera jugé à l’aune des progrès concrets et durables sur un champ de bataille particulièrement complexe.



