La pression monte sur Madagascar. Lundi, les chefs d’État de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) se réunissent en sommet extraordinaire par visioconférence pour évaluer la transition politique ouverte depuis la chute du président Andry Rajoelina en octobre 2025. Présidée par Cyril Ramaphosa, cette réunion examine le rapport de l’Organe de coopération en matière de politique, de défense et de sécurité. L’enjeu est clair : stabiliser une Grande Île plongée dans une crise institutionnelle inédite, tout en évitant un engloutissement sécuritaire que l’organisation ne pourrait maîtriser seule.
Le sommet doit définir les prochaines étapes concrètes de l’engagement de la SADC, alors que la médiation pilotée par l’ancienne présidente du Malawi, Joyce Banda, a déjà effectué trois missions de navette depuis janvier 2026. Ces allers-retours diplomatiques ont permis d’établir un dialogue fragile entre les autorités militaires de transition, dirigées par le colonel Michael Randrianirina, et une frange de la société civile et de l’opposition. Mais les avancées restent partielles. La SADC évoque des « progrès vers la réconciliation nationale », un langage prudent qui masque mal la persistance des tensions sur le terrain.
La destitution de Rajoelina, votée par un Parlement sous pression populaire, puis la prise de pouvoir par l’armée ont ouvert une séquence inédite dans l’histoire politique malgache. L’Union africaine a suspendu Madagascar, tandis que les partenaires occidentaux conditionnent leur soutien à un retour rapide à l’ordre constitutionnel. La SADC, qui n’a pas reconnu les nouvelles autorités, tente depuis octobre 2025 de jouer les médiatrices crédibles. Un panel des sages et un groupe de référence ont été déployés en décembre, mais leur marge de manœuvre reste limitée face à un pouvoir militaire qui affiche sa volonté de contrôler le calendrier électoral.
Les chefs d’État devraient valider de nouvelles mesures d’accompagnement, peut-être un renforcement du panel de médiation ou des pressions ciblées sur les acteurs locaux. L’option de sanctions ciblées, bien qu’évoquée en coulisses, divise au sein de l’organisation. À terme, la SADC cherche à garantir des élections libres et crédibles, sans lesquelles aucune sortie de crise n’est durable. Mais le calendrier reste flou, et la défiance entre les différentes factions politiques complique toute feuille de route partagée. La réunion de lundi sera donc un test de la capacité de l’organisation à peser sur un dossier où ses marges de manœuvre sont étroites.
En tant que principale organisation d’intégration régionale d’Afrique australe, elle ne peut se permettre un échec malgache, qui fragiliserait son image de garante de la stabilité. Pourtant, son outil de médiation, bien que rodé, bute sur la réalité d’un pouvoir militaire peu enclin à lâcher prise. Les observateurs notent que les missions de Joyce Banda, si elles ont maintenu un canal de dialogue, n’ont pas encore obtenu de concessions majeures des autorités de transition. La société civile, de son côté, s’impatiente et craint une appropriation du processus par les seuls acteurs armés.
Madagascar, riche en ressources minières et agricoles, attire des investisseurs étrangers qui restent en attente d’une clarification politique. La SADC, qui promeut l’intégration économique régionale, est consciente que l’instabilité malgache pénalise l’ensemble de l’espace austro-africain. Les chefs d’État devront donc peser les impératifs sécuritaires et les urgences économiques, sans pour autant précipiter un calendrier électoral qui risquerait de reproduire les erreurs du passé. La réunion de lundi est une étape, mais la route vers une sortie de crise durable reste encore longue et semée d’incertitudes.



