Bamako doit gérer en urgence l’arrivée de plus de 100 000 orpailleurs expulsés de Guinée, dont une majorité de Burkinabè à rapatrier. Les autorités maliennes parlent d’une « véritable catastrophe humanitaire ».
Plus de 100 000 orpailleurs refoulés de Guinée sont arrivés au Mali ces derniers jours, selon les chiffres du ministère malien de la Sécurité et de la Protection civile publiés le samedi 7 novembre. Quelque 60 000 personnes se trouveraient à Kourémalé, ville frontalière entre les deux pays, tandis que des milliers d’autres ont déjà rallié le district de Bamako. Le Comité interministériel de gestion des crises et catastrophes s’est réuni le même jour pour coordonner la réponse.
Les orpailleurs recensés sont originaires de six pays : Côte d’Ivoire, Sénégal, Togo, Bénin, Mali et Burkina Faso. Les Burkinabè seraient de loin les plus nombreux, sans que le détail ne soit encore connu. Bamako met en avant la « solidarité agissante entre le Mali et le Burkina Faso », pays alliés au sein de l’Alliance des États du Sahel. Des camions et des bus ont été affrétés pour rapatrier 15 000 personnes : un premier convoi de 47 bus a atteint le Burkina Faso, et un groupe de 50 camions s’apprêtait à partir. Les autorités entendent désormais « fixer » les refoulés à la frontière de Kourémalé afin d’organiser les évacuations sans créer de situations difficiles dans la capitale.
Cet afflux fait suite aux mesures annoncées le 2 novembre par Conakry pour mettre fin à l’orpaillage illégal. La décision guinéenne intervient dans un secteur minier artisanal qui emploie des centaines de milliers de personnes à travers l’Afrique de l’Ouest et dont les flux migratoires traversent les frontières de longue date. Elle s’applique à des populations déjà vulnérables, souvent employées sur des sites non déclarés, et dont le retour précipité pèse sur les États voisins. Le Mali, en transition politique, se retrouve en première ligne de cette crise régionale.
À court terme, la priorité affichée par le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Daoud Aly Mohammedine, est d’« intercepter », « identifier » et « cantonner » les arrivants, avec un dispositif de sécurité déployé à Bamako. Sur le plan sanitaire, le ministère de la Santé a activé un plan d’urgence pour soigner les nombreux blessés et malades. Six décès ont été officiellement enregistrés, certaines sources évoquant des chiffres supérieurs. La question du financement de l’accueil et de la durée de prise en charge reste ouverte, de même que celle de la coopération avec Conakry, dont la décision pourrait être contestée par les pays voisins touchés.
Les refoulés sont pris en charge à Mamaribougou et Ouezzindougou, deux sites en périphérie de la capitale, où se sont rendus le Premier ministre de Transition et plusieurs membres du gouvernement. Le général Abdoulaye Maïga déplore « une véritable catastrophe humanitaire ». Des distributions de tentes et de repas chauds ont été organisées avec les partenaires humanitaires, dont l’Organisation mondiale de la santé, qui a offert selon le ministère « un important lot de médicaments », et la Croix-Rouge malienne. Soutenue par le Comité international de la Croix-Rouge, cette dernière indique avoir distribué plusieurs milliers de repas aux orpailleurs cantonnés à Ouezzindougou, dont les besoins vont de l’assistance alimentaire aux soins de santé, en passant par « une écoute et un accompagnement adapté à leur situation ».
La mise en avant de l’Alliance des États du Sahel par Bamako illustre la dimension politique de cette crise : le rapatriement vers le Burkina Faso s’appuie sur une coopération militaire et diplomatique affirmée entre les deux capitales. Mais l’ampleur des flux, l’absence de chiffres consolidés par nationalité et la fragilité des dispositifs d’accueil laissent entrevoir des besoins durables. Pour les orpailleurs, l’expulsion signifie la perte de revenus et un retour sans garantie de réinsertion économique, dans des zones frontalières déjà marquées par l’insécurité et la pression sur les ressources.



