Le Premier ministre mauritanien Mokhtar Ould Djiay a été reconduit dans ses fonctions quelques heures seulement après avoir présenté sa démission au président Mohamed Ould Ghazouani, vendredi. Le chef de l’Etat l’a chargé de former un nouveau gouvernement, selon l’Agence mauritanienne d’informations (AMI), média officiel du pays.
La reconduction a été officialisée par décret présidentiel publié le jour même. Mokhtar Ould Djiay avait remis la démission de son gouvernement au lendemain de la présentation d’un rapport d’enquête indépendante pointant de graves négligences à l’origine des incendies survenus en août sur des postes de transformation de la Société mauritanienne d’électricité (Somelec). Ces incidents avaient plongé de nombreux quartiers de Nouakchott dans le noir pendant plusieurs jours.
Pour comprendre cette séquence, il faut revenir au contexte énergétique et politique du pays. Les deux incendies des 21 et 22 août ont touché des infrastructures critiques de la capitale, provoquant des coupures massives qui ont exposé la vulnérabilité du réseau électrique mauritanien. La Somelec avait annoncé une restauration complète après environ cinq jours de réparations. Une commission indépendante dirigée par l’ancien ministre des Finances Ousmane Mamoudou Kane a rendu jeudi un rapport sévère, évoquant de « graves insuffisances de prévention, de protection électrique, de contrôle des travaux et de gestion des urgences ». Le gouvernement de Mokhtar Ould Djiay, nommé au début du second mandat de Mohamed Ould Ghazouani, avait déjà connu deux remaniements.
La reconduction immédiate du Premier ministre soulève plusieurs questions sur les perspectives politiques à venir. Elle peut être lue comme un signal de stabilité envoyé par le président, qui refuse de céder à la pression de l’opinion après un rapport accablant. Elle peut aussi traduire l’absence d’alternative politique crédible à court terme ou la volonté de ne pas ouvrir une crise gouvernementale dans un contexte économique déjà tendu. Les prochaines semaines diront si cette décision apaise les critiques ou si elle les alimente, notamment si de nouvelles coupures surviennent ou si le nouveau gouvernement tarde à se mettre en place.
Le rapport de la commission Kane constitue un document politique majeur. Il met en cause non seulement des défaillances techniques, mais aussi des carences dans la gouvernance du secteur électrique. La Somelec, entreprise publique stratégique, apparaît comme le maillon faible d’un système qui n’a pas su anticiper ni gérer une crise pourtant prévisible. Les témoignages recueillis auprès des habitants de Nouakchott font état d’un sentiment d’abandon et d’une colère sourde contre les autorités, qui n’ont pas communiqué clairement pendant les jours de panne.
Enfin, cette affaire révèle une tension plus profonde entre l’exigence de responsabilité politique et la logique de continuité de l’Etat. Reconduire un Premier ministre dont le gouvernement est mis en cause par un rapport officiel peut être interprété comme un déni de responsabilité. Mais cela peut aussi refléter une réalité simple : dans un pays où les marges de manœuvre sont limitées, changer de chef de gouvernement sans régler les causes structurelles de la crise électrique ne ferait que déplacer le problème. La question centrale n’est pas tant de savoir qui gouverne que de comprendre pourquoi l’Etat mauritanien n’a pas su protéger une infrastructure vitale pour des centaines de milliers de citoyens.



