L’Université des sciences et technologies de Namibie (NUST) coorganise, du 20 au 24 octobre à Windhoek, le Sommet international africain sur l’énergie, le pétrole et le gaz (IAEOGS 2026). Une première qui place l’institution académique namibienne au rang de partenaire stratégique, et non plus de simple spectatrice, d’un rendez-vous continental où se jouent les grandes orientations du sous-sol africain. Ce rapprochement entre le monde universitaire et les décideurs économiques signale une évolution durable dans la manière d’aborder les ressources énergétiques sur le continent.
L’apport de la NUST ne se limite pas à une caution scientifique. L’université ambitionne de faire le pont entre la recherche fondamentale et les besoins opérationnels des industriels, en mettant à disposition ses laboratoires, ses données géologiques et ses équipes de chercheurs spécialisés dans les hydrocarbures et les énergies nouvelles. Les ateliers et panels qu’elle codirigera aborderont des sujets concrets : cartographie des réserves, optimisation des procédés d’extraction, ou encore impact environnemental des projets en cours. L’objectif affiché est de faire émerger une expertise locale capable de dialoguer d’égal à égal avec les majors internationales, tout en formant la prochaine génération d’ingénieurs et de géologues namibiens.
Ce sommet intervient à un moment charnière pour la Namibie. Le pays a enregistré ces dernières années plusieurs découvertes majeures de pétrole et de gaz dans le bassin d’Orange, attirant les géants du secteur comme TotalEnergies ou Shell. Parallèlement, Windhoek a lancé une stratégie nationale pour l’hydrogène vert, soutenue par des partenaires européens et asiatiques, qui vise à faire de la Namibie un hub de production d’énergies propres pour le marché mondial. Dans ce double mouvement, l’implication de la NUST répond à une exigence de souveraineté technologique : il ne s’agit plus seulement d’extraire, mais de comprendre, de maîtriser et d’innover sur place pour que les retombées économiques ne se limitent pas à une simple rente.
Les organisateurs attendent du sommet des annonces concrètes sur le financement de projets structurants, notamment dans le domaine des infrastructures de transport et de liquéfaction. Mais au-delà, le véritable enjeu est politique : la Namibie entend utiliser ce rassemblement pour affirmer son rôle de leader régional dans la transition énergétique, en articulant exploitation fossile et développement des renouvelables. La participation de la NUST pourrait également ouvrir la voie à des partenariats académiques durables avec d’autres universités africaines, afin de mutualiser les compétences et d’éviter la fuite des cerveaux vers les centres de recherche occidentaux.
Du côté des acteurs locaux, l’initiative est saluée avec prudence. Un responsable d’une ONG environnementale basée à Walvis Bay, que nous avons contacté, rappelle que la course aux hydrocarbures ne doit pas faire oublier les exigences climatiques et les droits des communautés riveraines. Il attend du sommet qu’il intègre des sessions dédiées à la gouvernance transparente et au partage équitable des revenus, deux sujets souvent relégués au second plan. De son côté, un chercheur de la NUST, spécialiste des géosciences, insiste sur l’urgence de former des techniciens de haut niveau, car les découvertes récentes ne profitent encore qu’à une poignée d’expatriés. Le pari de l’université est donc celui d’une montée en compétence accélérée, condition sine qua non pour que le boom énergétique namibien ne soit pas une simple parenthèse, mais un levier de développement pérenne.



