Le 21 mars 2025, Netumbo Nandi-Ndaitwah est officiellement élue présidente de la Namibie, devenant ainsi la première femme à occuper cette fonction dans le pays. À 72 ans, elle rejoint un cercle restreint de dirigeantes africaines, en particulier des figures emblématiques telles qu’Ellen Johnson Sirleaf, Joyce Banda et Samia Suluhu Hassan. Toutefois, son ascension au pouvoir a été marquée par des contestations, notamment de la part de l’opposition, qui a dénoncé des irrégularités lors de l’élection présidentielle du 27 novembre dernier.
L’élection de Netumbo Nandi-Ndaitwah n’a pas été simple. Bien que la transition à la présidence soit généralement fluide au sein du SWAPO, le parti historique au pouvoir, cette fois, la compétition a été particulièrement intense. Plusieurs figures du parti ont remis en question sa légitimité, ce qui a donné lieu à des tensions au sein même du SWAPO. La militante féministe sud-africaine Thoko Matshe souligne que ces difficultés étaient en grande partie liées au fait que Nandi-Ndaitwah est une femme, un obstacle supplémentaire dans un système politique profondément patriarcal.
En Afrique, les femmes se heurtent à de multiples barrières lorsqu’il s’agit d’accéder à des fonctions de haute responsabilité. En Namibie, ces obstacles ont été visibles non seulement dans le cadre des primaires au sein du SWAPO, mais également à travers des accusations de fraude électorale après le scrutin de novembre. Si des quotas de représentation ont été instaurés pour favoriser l’inclusion féminine, ces mesures, bien qu’ayant permis une certaine avancée, ne suffisent pas à briser les structures de pouvoir dominées par les hommes. Cela met en lumière la lente progression des femmes dans la politique continentale.
Le parcours de Netumbo Nandi-Ndaitwah pourrait marquer un tournant dans la représentation féminine en Afrique, mais cela ne dépendra pas uniquement des femmes qui parviennent à accéder au pouvoir. L’une des grandes problématiques demeure la résistance des partis politiques à laisser une place véritablement égale aux femmes. Bien que des quotas existent, ils ne changent pas nécessairement les dynamiques de pouvoir au sein des institutions. Un rapport des Nations unies indique qu’au rythme actuel, il faudra encore plus d’un siècle pour parvenir à la parité dans les plus hauts échelons décisionnels.
Au-delà des barrières politiques et institutionnelles, les femmes en politique sont confrontées à des défis sociaux et culturels considérables. Les discours haineux et les attaques violentes à leur encontre sont fréquents, comme le souligne Sakhile Sifelani-Ngoma, directrice exécutive du WiPSU. Les femmes candidates sont souvent victimes de préjugés sexistes et doivent surmonter des stéréotypes profondément ancrés. L’un des constats majeurs est que les femmes en campagne subissent cinq fois plus de discours haineux que leurs homologues masculins.
Pour que l’accession des femmes aux plus hautes fonctions politiques devienne une réalité durable, des réformes structurelles sont nécessaires. Selon les experts, il ne suffit pas d’instaurer des quotas pour garantir une réelle égalité. Il faut également un changement de mentalité au sein des partis politiques et de la société dans son ensemble. Comme le précise Sifelani-Ngoma, atteindre la présidence, comme l’a fait Nandi-Ndaitwah, est un exploit en soi, compte tenu des multiples obstacles socio-économiques et culturels auxquels les femmes sont confrontées.