Tiani : "L'uranium est nigérien. La France a ses 63,4% des 156,231 T. S'ils veulent demain qu'on leur envoie ça, nous payons nous-mêmes le transport, parce qu'ils étaient là au moment où ç'a été produit. Et tout ce qui a été produit par la suite est nigérien et restera nigérien". pic.twitter.com/F72n54qaG8
— Ahmadou Atafa (@AhmadouAtafa) February 14, 2026
C’est une coquille typographique qui a failli réécrire l’histoire minière du Niger. Le 13 février, lors d’une intervention télévisée, le président Abdourahamane Tiani a évoqué un stock d’uranium de « 156,231 tonnes », produit avant la nationalisation de la mine d’Arlit. Mais dans la course à l’info, plusieurs médias internationaux ont transformé ce volume en 156 000 tonnes, multipliant par mille la réalité des faits et créant une confusion planétaire sur l’un des dossiers les plus sensibles entre Niamey et Paris.
Dans le détail, le chef de l’État nigérien s’exprimait dans le cadre du bras de fer qui oppose son régime au groupe français Orano depuis la prise de contrôle de la Somaïr. Fin 2025, les ministres des Mines et de la Justice avaient déjà avancé ce même chiffre d’environ 156 tonnes pour désigner la production antérieure à la nationalisation sur laquelle devrait s’appliquer le partage avec l’ancien opérateur historique, qui détenait 63,4 % du capital. Si Orano conteste fermement cette nationalisation et parle d’expropriation, l’exécutif nigérien n’a pour l’heure pas détaillé les bases techniques de ce calcul, maintenant le flou sur les modalités exactes de ce partage revendiqué.
L’origine de cette méprise tient à un simple artifice de ponctuation. Dans la vidéo, le président utilise la virgule comme séparateur décimal, pratique courante dans l’espace francophone. Mais un média habitué au système anglo-saxon, où la virgule sépare les milliers, a pu lire « 156,231 » comme « 156 231 ». L’erreur s’est ensuite propagée à la vitesse d’un copier-coller, transformant en quelques heures un stock plausible de quelques centaines de tonnes en un volume équivalant à près de trois années de production mondiale.
Car ce chiffre faramineux de 156 000 tonnes ne résiste pas une seconde à l’épreuve des données sectorielles. Selon la World Nuclear Association et les rapports de l’ITIE, la production annuelle du Niger oscille entre 2 000 et 4 600 tonnes selon les années. Pour accumuler un tel stock, il faudrait avoir stocké l’intégralité de la production nationale pendant près de quarante ans sans exporter un seul kilo, ce que démentent formellement les flux commerciaux documentés. Plus frappant encore : selon les chiffres présentés par Niamey lui-même, la production cumulée de la Somaïr depuis 1971 plafonne à environ 80 000 tonnes, bien en deçà du stock fantasmé.
Cette confusion survient à un moment particulièrement sensible du marché mondial de l’uranium. Après des années de vaches maigres, le prix spot a triplé entre 2021 et 2025 pour dépasser les 180 000 dollars la tonne, porté par le regain d’intérêt pour le nucléaire. Dans ce contexte, chaque tonne d’uranium pèse désormais lourd dans les budgets. Au-delà de l’anecdote typographique, c’est bien la rigueur du débat public qui est en cause. Dans un dossier où se jouent des milliards de francs CFA et la relation post-coloniale entre Paris et Niamey, les chiffres doivent être maniés avec la précision d’un géologue, non avec la légèreté d’un réseau social.



