Le fossé ne cesse de se creuser entre Niamey et Paris. Lors d’une interview diffusée le 13 février à la télévision publique, le chef de l’État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a une nouvelle fois accusé directement la France d’œuvrer activement à la chute de son régime. Il a notamment imputé à Emmanuel Macron la responsabilité de l’attaque du 29 janvier contre l’aéroport de Niamey, une première dans l’histoire récente du pays.
Développant ses accusations, le général Tiani a catégoriquement rejeté la revendication de l’attaque par l’État islamique au Sahel. Pour lui, il ne s’agissait pas d’une opération djihadiste classique, mais d’une action de « mercenaires » financée par la France. « Nous connaissons le montant du financement », a-t-il affirmé sans fournir de preuves, ajoutant que l’objectif était de détruire les capacités aériennes nigériennes. Selon lui, cette hostilité est personnelle : Emmanuel Macron, animé d’une « haine viscérale » envers les nouvelles autorités, aurait « entraîné » d’autres pays européens dans cette entreprise de « déstabilisation maladive ».
Ces déclarations surviennent dans un contexte de rupture totale avec l’ancien partenaire occidental. Depuis le changement de pouvoir de juillet 2023, le Niger a dénoncé les accords militaires avec la France, obtenu le départ des troupes françaises et s’est rapproché du Mali et du Burkina Faso, eux aussi dirigés par des régimes militaires. L’accusation d’ingérence française n’est pas nouvelle, mais elle atteint ici un niveau inédit en désignant le président français comme le commanditaire présumé d’un acte de guerre. Cette rhétorique survient également après les propos du général Amadou Ibro, appelant la population à se préparer à un possible conflit armé avec l’ex-puissance coloniale.
La perspective immédiate est celle d’une crispation supplémentaire, tant sur le plan diplomatique que sécuritaire. En désignant la France comme un ennemi direct finançant le terrorisme, Niamey justifie par avance une ligne dure et pourrait chercher à mobiliser la population contre d’éventuelles « menaces extérieures ». Pour Paris, ces accusations, bien que dénuées de preuves tangibles, rendent impossible toute tentative d’apaisement et verrouillent un peu plus le Niger dans l’orbite des régimes hostiles à l’influence française.
Sur le plan économique, cette posture de confrontation sert également un agenda politique interne. Le général Tiani a martelé la volonté de son gouvernement de « prendre son destin en main », ce qui passe par une « réappropriation » des ressources naturelles. Dans un contexte sahélien marqué par un discours souverainiste radical, la dénonciation de la France permet de justifier une renégociation des contrats miniers et pétroliers, tout en fédérant une opinion publique nationale autour du thème de la souveraineté perdue et retrouvée.
Au-delà des accusations spectaculaires, ces prises de parole illustrent une stratégie de rupture assumée par Niamey. En associant systématiquement la France à l’insécurité et au pillage des richesses, le régime Tiani verrouille l’espace politique intérieur et ferme définitivement la porte à toute médiation ou retour en arrière, dans une logique où l’urgence sécuritaire justifie tous les choix.



