Le gouvernement nigérien a annoncé la restriction de ses lieux de délivrance de visas pour les ressortissants européens. Désormais, les demandes ne pourront plus être traitées qu’à Genève, Ankara et Moscou. Une décision présentée comme une « réponse claire à l’arrogance de certaines chancelleries européennes », selon Bana Ibrahim, juriste nigérien.
Pour Niamey, il ne s’agit pas seulement d’un ajustement administratif mais d’un acte de souveraineté. Le choix des trois capitales n’est pas anodin. Genève incarne la diplomatie multilatérale, Ankara est un partenaire économique et sécuritaire de plus en plus influent en Afrique, tandis que Moscou s’est imposée comme un allié privilégié du régime issu du coup d’État de juillet 2023. « C’est un message fort, qui marque la fin du monopole occidental dans la relation avec notre pays », insiste Bana Ibrahim.
Cette annonce s’inscrit dans un climat de tensions persistantes avec plusieurs pays européens depuis la prise de pouvoir du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). La France, exclue de cette mesure, ne dispose déjà plus de relations consulaires normales avec Niamey depuis la rupture diplomatique actée en 2023. La fermeture de certaines chancelleries, les sanctions économiques et l’expulsion des forces françaises ont durablement altéré la coopération traditionnelle entre le Niger et ses anciens partenaires occidentaux.
La restriction des points de délivrance de visas aura des conséquences pratiques immédiates pour les Européens souhaitant se rendre au Niger. Elle pourrait aussi limiter certains échanges commerciaux et académiques. Mais pour les autorités nigériennes, l’enjeu dépasse l’aspect logistique : il s’agit de redessiner les priorités diplomatiques et de renforcer la coopération avec des pays jugés plus respectueux de la souveraineté nigérienne. Ce repositionnement pourrait aussi inspirer d’autres régimes de la région en quête d’autonomie vis-à-vis des capitales occidentales.
Au-delà du signal politique, Niamey veut également mieux contrôler les flux d’étrangers entrant sur son territoire. La centralisation des demandes pourrait générer des recettes mieux maîtrisées et permettre de valoriser les partenaires considérés comme « sincères ». Dans un contexte économique tendu, marqué par les sanctions et le retrait de plusieurs programmes européens, ce type de décision vise aussi à renforcer l’image d’un État qui choisit ses interlocuteurs.
Le Niger confirme ainsi une tendance amorcée depuis plus d’un an : la réorientation de sa diplomatie vers des alliances alternatives. Après avoir resserré ses liens militaires avec Moscou, ouvert davantage ses marchés aux acteurs turcs et intensifié ses contacts avec l’Organisation de coopération islamique, Niamey franchit une nouvelle étape. Le pays affiche la volonté de s’émanciper de la tutelle européenne et de se repositionner dans un jeu international où les marges de manœuvre restent limitées, mais où les symboles comptent.