Le Burkina Faso a officiellement adhéré, le 27 janvier, à la Convention de Vienne relative à la responsabilité civile en matière de dommages nucléaires. Cette ratification, votée à l’unanimité par l’Assemblée Législative de Transition, constitue une étape juridique cruciale dans la mise en œuvre de son programme électronucléaire, mené en partenariat avec la Russie.
Ce traité international établit un cadre légal uniforme pour déterminer la responsabilité civile en cas d’accident nucléaire. Son principal mécanisme est la canalisation exclusive de la responsabilité sur l’exploitant de l’installation nucléaire, qui est tenu de détenir une assurance financière ou une garantie équivalente. L’adhésion garantit ainsi un fonds de compensation pour les victimes potentielles de dommages, qu’ils soient corporels, matériels ou environnementaux, résultant de l’utilisation pacifique de l’énergie atomique.
Cette démarche s’inscrit directement dans le sillage de l’accord de coopération nucléaire civil signé avec la Russie en octobre 2023. Le gouvernement militaire du capitaine Ibrahim Traoré a annoncé son intention de construire une centrale nucléaire à moyen terme, présentée comme une solution stratégique pour assurer la souveraineté énergétique du pays. Le Burkina Faso, dont la production électrique est aujourd’hui très insuffisante et dépendante des importations, cherche à sécuriser son approvisionnement face à une demande croissante.
L’adhésion à la Convention de Vienne est un prérequis technique et politique indispensable avant toute concrétisation du projet. Elle vise à rassurer la communauté internationale et les investisseurs potentiels sur le respect des normes de sécurité et de transparence. Les prochaines étapes, bien plus complexes, incluront le choix d’un site, des études d’impact environnemental et social approfondies, la formation d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et la mise en place d’une autorité de sûreté nucléaire indépendante et robuste, un défi de taille pour le pays.
Ce projet ambitieux place le Burkina Faso, qui serait le premier pays d’Afrique de l’Ouest à se lancer dans l’atome civil, sous le feu des projecteurs. Des questions persistent quant à la faisabilité technique et financière dans un contexte sécuritaire et économique extrêmement dégradé. Le calendrier annoncé paraît optimiste au regard des décennies nécessaires au développement d’une filière nucléaire, même avec un partenaire expérimenté comme la Russie, qui cherche à étendre son influence sur le continent par ce biais.
L’enjeu de la sûreté est primordial pour une région sahélienne déjà vulnérable. Les experts soulignent que la construction d’une centrale n’est que le début d’un engagement sur au moins un siècle, englobant l’exploitation, le démantèlement et la gestion des déchets radioactifs. La ratification de la Convention de Vienne, bien que nécessaire, n’est donc qu’un premier pas dans un processus long, coûteux et semé d’obstacles, qui devra faire l’objet d’un débat national et d’une vigilance internationale accrue.



