L’école de filles d’Oprah Winfrey en Afrique du Sud fermera ses portes en tant qu’internat d’ici la fin de l’année 2027. La milliardaire américaine, figure emblématique de la philanthropie mondiale, transforme son engagement sur le terrain en un vaste programme national de bourses d’études. L’Oprah Winfrey Leadership Academy for Girls (OWLAG), située près de Johannesburg, cèdera sa place à un dispositif destiné à soutenir financièrement des jeunes femmes talentueuses dans les meilleurs établissements du pays. Un changement de cap qui marque la fin d’une expérience résidentielle de près de deux décennies, au profit d’une ambition quantitative et géographique élargie.
Concrètement, le nouveau modèle ne repose plus sur un campus unique, mais sur un système de bourses couvrant l’intégralité des frais de scolarité pour des lycéennes issues de milieux défavorisés. La fondation OWLAG justifie cette évolution par la volonté d’accroître le nombre de bénéficiaires et d’essaimer l’excellence éducative à l’échelle nationale. Le programme actuel, qui accueillait un effectif limité de pensionnaires, cède la place à un filet plus large, censé toucher des jeunes filles dans toutes les provinces sud-africaines. Ce changement de logique pédagogique repose sur le postulat qu’une bourse en institution d’élite peut produire un effet de levier comparable, voire supérieur, à la formation internalisée sur un seul site.
L’OWLAG avait ouvert ses portes en 2007, au cœur d’une Afrique du Sud encore marquée par les inégalités post-apartheid. L’école était alors conçue comme un laboratoire d’excellence pour former des futures leader issues des townships. Deux décennies plus tard, le bilan est incontestable : 99 % des diplômées ont poursuivi des études supérieures, et 94 % affirment avoir vu leur famille transformée par cette éducation. Pourtant, ce modèle élitiste, concentré sur un seul établissement, a toujours suscité des débats sur sa représentativité et son coût exorbitant. La rétrocession du campus au département provincial de l’Éducation du Gauteng, conformément à l’accord initial, inscrit cette fermeture dans une logique de transmission publique et de pérennisation des infrastructures.
La transition s’accompagne de garanties fortes pour les élèves actuelles, qui conserveront un soutien académique, financier et personnel jusqu’à l’obtention de leur diplôme. Le réseau des anciennes élèves, déjà actif dans des secteurs variés comme la médecine, l’ingénierie ou l’entrepreneuriat, continuera d’être accompagné par des programmes de mentorat. Le programme de bourses élargi devra toutefois démontrer sa capacité à maintenir le même niveau d’encadrement que l’internat, notamment en matière de développement du leadership. La fondation promet de suivre l’impact de cette nouvelle formule, mais les observateurs s’interrogent sur la dilution possible d’un accompagnement holistique qui faisait la spécificité de l’OWLAG.
Le gouvernement provincial, par la voix du MEC Lebogang Maile, a salué l’apport exceptionnel d’Oprah Winfrey tout en soulignant que l’héritage de l’académie dépasse largement ses murs. La restitution des locaux au Gauteng Department of Education ouvre la voie à une réaffectation qui pourrait bénéficier à un plus grand nombre d’élèves, sous gestion publique. L’initiative de bourses, elle, s’inscrit dans une tendance plus large chez les philanthropes anglo-saxons, qui privilégient désormais les programmes dématérialisés ou disséminés plutôt que les méga-projets campus. Reste à savoir si ce virage stratégique, salué par la presse internationale, répondra aux besoins réels des jeunes filles rurales ou périurbaines, souvent les plus éloignées des grandes universités sud-africaines.
Si la promesse de toucher « plus de jeunes femmes » est séduisante, elle ne doit pas occulter les défis logistiques et culturels d’une bourse dispersée. Le modèle résidentiel offrait une bulle protectrice et un cadre intensif, facteurs clés de la réussite mesurée par les études indépendantes. Remplacer ce continuum éducatif par un financement dispersé risque de fragiliser les bénéficiaires les plus vulnérables, privées d’un environnement structurant. La fondation devra donc investir massivement dans le suivi à distance et les réseaux de mentorat locaux pour ne pas perdre l’âme de son projet. Ce changement, aussi ambitieux soit-il, sera jugé à l’aune des résultats des premières promotions issues de ce nouveau schéma, dans cinq à dix ans.



