À une semaine du lancement officiel de la campagne pour l’élection présidentielle du 12 avril, Romuald Wadagni, le candidat du parti au pouvoir et dauphin désigné du président Patrice Talon, a présenté samedi à Cotonou son projet de société. Devant des militants acquis à sa cause, le ministre de l’Économie et des Finances sortant a articulé son discours autour de quatre piliers : réduction de la pauvreté, développement régional, perspectives pour la jeunesse, et garantie des libertés individuelles. Dans un contexte marqué par l’absence du principal opposant à la compétition, cette présentation visait autant à incarner une continuité technique qu’à rassurer sur l’ouverture démocratique.
Sans notes ni prompteur, Romuald Wadagni a livré une prestation oscillant entre conférence économique et meeting politique, soignant le symbole d’une campagne qu’il veut maîtrisée. Il a d’abord posé son bilan comme un prérequis : malgré un environnement régional instable, le Bénin a maintenu sous la mandature Talon un taux de croissance supérieur à 7 %. Sur cette base, il a présenté son offre politique phare, la création de six pôles de développement régionaux structurés autour de l’agriculture, de l’industrie, de l’innovation et du tourisme. Mais c’est une mesure sociale concrète, la prise en charge immédiate des patients à l’hôpital sans condition de paiement préalable, qui a soulevé l’enthousiasme le plus vif dans une salle acquise.
Cette mise en scène intervient dans un cadre électoral singulier. Le scrutin d’avril verra le duo Wadagni Talata affronter une seule opposition, celle des Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), formation qualifiée de modérée. Le principal parti d’opposition, Les Démocrates, est absent de la compétition, son candidat ayant été écarté par la Commission électorale nationale autonome (Cena). Ce contexte de parti unique de fait rappelle les précédents scrutins contestés et place le successeur désigné face à un défi de légitimité. Les critiques de l’opposition historique portent moins sur le contenu du programme que sur l’espace politique réduit dans lequel il se déploie.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour jauger la capacité du candidat à sortir de l’ombre du président Talon et à exister par lui-même dans un débat public verrouillé. Le pari de Wadagni repose sur un basculement stratégique : passer d’une phase de consolidation macroéconomique à une phase de redistribution territoriale et sociale. Si cette promesse de proximité peut séduire un électorat lassé par la technostructure, elle s’exposera à l’épreuve des faits en cas de victoire. En l’absence de véritable adversité électorale, la véritable opposition pourrait se cristalliser autour des délais d’exécution de ces engagements.
Le candidat a également abordé un sujet brûlant pour la région : la sécurité. L’annonce de l’acquisition d’équipements militaires de dernière génération pour les forces armées répond à une préoccupation récurrente face à l’expansion des menaces terroristes dans le nord du pays. Mais c’est sur le volet diplomatique que le discours a pris une tonalité plus politique. Romuald Wadagni a évoqué la nécessité de renouer le dialogue avec le Niger, alors que les relations entre les deux capitales restent tendues et que la frontière commune est toujours fermée. « La nature nous a faits voisins », a-t-il plaidé, signalant une volonté de dégeler un dossier qui paralyse les échanges économiques vitaux pour le nord du Bénin.
Enfin, la question des libertés et de la gouvernance a été abordée sous un angle de « stabilisation ». Wadagni a reconnu implicitement des erreurs passées, promettant de les « rectifier dans le dialogue ». Une formulation prudente qui ne lève pas totalement les zones d’ombre laissées par les critiques internationales et locales sur le rétrécissement de l’espace civique durant le second mandat de Patrice Talon. Pour ses partisans, rencontrés à l’issue du meeting, l’urgence n’est pas là. L’un d’eux résume l’attente d’une base mobilisée qui se projette déjà au lendemain du 12 avril : faire élire le président pour que le projet soit « rapidement développé ». Le slogan de campagne, « Aller plus loin ensemble », résume cette équation politique : proposer la continuité comme seule garantie de stabilité.



