À moins de deux semaines de la présidentielle prévue le 12 avril, Alain-Claude Bilie-By-Nze, l’un des principaux opposants politiques au Gabon, s’affiche comme l’unique alternative face à la gestion militaire du pays. Dans une interview accordée à Christophe Boisbouvier, l’ex-Premier ministre a vivement critiqué la transition dirigée par les militaires, soulignant qu’il est le seul candidat capable d’offrir une véritable sortie de crise aux Gabonais, après 19 mois de gestion par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI).
Bilie-By-Nze, candidat à la présidentielle, ne cache pas son mécontentement envers la manière dont le gouvernement militaire a dirigé le pays depuis le renversement du président Ali Bongo Ondimba. Selon lui, la gestion actuelle est marquée par l’instabilité et le manque de vision pour le développement économique et social du Gabon. Le leader de l’opposition considère que l’ambiguïté des militaires, qui sont à la fois au pouvoir et en campagne électorale, crée un climat politique trouble. Il déclare que son programme, basé sur la restauration des institutions démocratiques et le respect des droits fondamentaux, représente le seul espoir pour le peuple gabonais.
Le Gabon traverse une période de transition politique inédite depuis le coup d’État du 30 août 2023. Ce renversement du pouvoir, qui a mis fin à près de 15 ans de présidence d’Ali Bongo Ondimba, a été mené par le général Brice Clotaire Oligui Nguema, désormais président de la transition. Depuis, le pays est gouverné par le CTRI, une junte militaire qui a promis de restaurer la stabilité et de réformer les institutions. Cependant, malgré les annonces d’une nouvelle ère politique, le régime militaire reste contesté, notamment par les acteurs politiques de l’opposition qui dénoncent une manipulation du processus démocratique.
À l’approche de l’élection présidentielle, les perspectives restent incertaines. Le général Oligui Nguema, en tant que candidat, bénéficie de l’aura de la transition et de son rôle dans le renversement de l’ancien président, mais Bilie-By-Nze mise sur un rejet de la gestion militaire par les électeurs, en appelant à une mobilisation de la population pour un retour à la démocratie. L’opposant estime que seul un vote massif pour sa candidature pourrait permettre de redonner au Gabon sa souveraineté et son indépendance politiques.
Le message de Bilie-By-Nze semble trouver un écho auprès de nombreux Gabonais qui aspirent à un changement après presque deux décennies de pouvoir Bongo, suivies par une transition militaire qui peine à répondre aux attentes de la population. Plusieurs observateurs notent que, malgré les défis de la campagne électorale sous un régime militaire, l’ancien Premier ministre pourrait attirer un soutien important, en particulier parmi les jeunes et les électeurs désillusionnés par l’incertitude du régime actuel.
Cependant, la transition militaire, même si elle a promis des réformes, n’a pas apaisé toutes les inquiétudes. Des voix s’élèvent pour dénoncer la suppression de certaines libertés publiques et la suppression d’opposants politiques, qui jugent le processus électoral biaisé. Alain-Claude Bilie-By-Nze devra ainsi relever le défi de convaincre la communauté internationale, et particulièrement les organisations de défense des droits humains, que sa victoire serait véritablement le fruit d’une élection libre et transparente, loin de l’influence militaire.
La présidentielle du 12 avril 2025 s’annonce comme un tournant pour le Gabon. Entre les promesses d’un retour à la démocratie porté par Bilie-By-Nze et l’ombre d’un pouvoir militaire omniprésent, les Gabonais auront à choisir entre un changement radical ou la continuité d’une transition controversée. L’issue de ce scrutin pourrait bien déterminer l’avenir politique du pays pour les années à venir.