La scène politique centrafricaine a été secouée, mercredi soir, par un revirement majeur. Henri-Marie Dondra, ancien Premier ministre arrivé troisième à l’élection présidentielle du 28 décembre dernier, a annoncé renoncer définitivement à tout recours devant le Conseil constitutionnel. Cette décision, prise alors qu’il était l’un des plus virulents critiques du scrutin, désarme une partie significative de la contestation et suscite un vif débat sur ses motivations réelles.
Dans une vidéo de quatre minutes diffusée sur ses réseaux sociaux, Henri-Marie Dondra a justifié sa volte-face avec un calme déconcertant. Il a déclaré ne plus croire en l’issue d’une procédure devant le Conseil constitutionnel, tout en appelant les futures autorités à un « dialogue national » pour « taire nos différences ». Cette position contraste radicalement avec ses précédentes déclarations, où il réclamait avec fermeté l’annulation de la présidentielle et la dissolution de l’Autorité nationale des élections (ANE), qu’il accusait de partialité.
Ce renoncement intervient dans un contexte électoral extrêmement tendu et contesté. L’ANE a proclamé, lundi 5 janvier, la réélection au premier tour du président Faustin-Archange Touadéra, avec un score officiel de 69,16% des voix. L’annonce avait immédiatement été dénoncée comme frauduleuse par les principaux candidats de l’opposition, Henri-Marie Dondra et Anicet-Georges Dologuélé, arrivé deuxième. Le scrutin s’est tenu dans un pays où une grande partie du territoire échappe au contrôle de l’État, sous la forte influence de mercenaires du groupe russe Wagner et dans un climat de défiance généralisée envers les institutions.
Les perspectives politiques s’en trouvent profondément modifiées. Le retrait de Dondra isole un peu plus Anicet-Georges Dologuélé, affaiblissant d’autant la capacité de l’opposition à contester légalement la réélection de Touadéra. Cette décision pourrait précipiter une recomposition du champ politique, entre ceux qui choisissent une opposition frontale et ceux optant pour une forme de réalisme ou de compromis avec le pouvoir en place. Elle risque également de décourager une partie de l’électorat et de la société civile, alimentant un sentiment d’impuissance et de désillusion démocratique.
Le revirement d’Henri-Marie Dondra divise profondément l’opposition et les observateurs. Pour une frange importante de la société civile et des militants, il s’agit d’une capitulation politique, voire d’une trahison des engagements pris envers les électeurs. Ils s’interrogent sur d’éventuelles pressions ou promesses ayant pu influencer sa décision, dans un environnement politique marqué par l’intimidation. Dondra a catégoriquement nié subir quelque pression que ce soit, affirmant que son choix était guidé par une lucidité stratégique.
À l’inverse, certains analystes y voient un acte de réalisme politique. Ils estiment que la voie du contentieux constitutionnel, dans le contexte centrafricain actuel, était une impasse peu susceptible de modifier l’issue proclamée. Ce camp considère que le dialogue, aussi difficile soit-il, reste l’unique voie pour éviter une confrontation stérile et tenter d’influer, même marginalement, sur la gouvernance future. Ce pragmatisme, cependant, est perçu par d’autres comme une légitimation implicite d’un processus électoral largement décrié.
Au-delà du cas personnel de Dondra, cette séquence révèle les dilemmes profonds de l’opposition centrafricaine, prise en étau entre la nécessité de contester un processus jugé illégitime et la recherche d’une forme de participation au jeu politique institutionnel. Elle pose une question fondamentale sur l’avenir de la démocratie en RCA : comment construire une alternative crédible dans un système où les règles du jeu semblent systématiquement biaisées en faveur du pouvoir sortant ? La réponse à cette interrogation déterminera la trajectoire politique du pays bien au-delà de ce seul scrutin.



