L’Égypte conserve, sans surprise, son statut de première puissance militaire du continent africain en 2026, selon le classement annuel de l’institut spécialisé américain Global Firepower (GFP), publié le 23 janvier. Le pays occupe également la 19e place mondiale sur 145 nations évaluées. Le sommet du palmarès africain reste globalement stable, avec toutefois deux mouvements notables dans le Top 10 : le Maroc grimpe à la 6e place au détriment de l’Angola, et la Tunisie fait son entrée, évincant la Libye.
Le leadership égyptien se fonde sur une masse militaire impressionnante. L’armée du pays des Pharaons aligne 438 500 militaires d’active, 479 000 réservistes et 300 000 paramilitaires. Sa puissance matérielle est tout aussi considérable, avec 3 620 chars, 1 088 aéronefs militaires et 149 navires de guerre. Ces capacités lui confèrent un indice de puissance (Power Index) de 0,3651, loin devant ses poursuivants africains. Derrière elle, le podium continental est complété par l’Algérie (27e mondial) et le Nigeria (33e mondial), suivis par l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, le Maroc, l’Angola, la RD Congo, le Soudan et la Tunisie.
Ce classement, une référence souvent citée mais aussi discutée pour sa méthodologie, agrège plus de 60 critères quantitatifs, des effectifs humains aux équipements en passant par les budgets de défense, la logistique et la géographie. Il génère un indice où un score proche de 0,0000 est idéal. Il ne prend pas en compte les arsenaux nucléaires et n’avantage pas démesurément les pays disposant d’une marine. Cette photographie annuelle des puissances militaires intervient dans un contexte africain marqué par une recrudescence des crises sécuritaires, du Sahel à la Corne de l’Afrique, et par une course aux modernisations et aux acquisitions d’armements, notamment par les pays du Maghreb et du Golfe de Guinée.
La relative stabilité du classement masque des dynamiques sous-jacentes porteuses d’évolutions futures. Les progressions notées cette année pour 14 pays, comme l’Éthiopie, le Maroc ou la RD Congo, témoignent d’investissements soutenus. À l’inverse, le recul de 17 nations, souvent lié à des contraintes budgétaires ou à des instabilités internes, pourrait creuser les écarts. La compétition pour l’influence géostratégique, les menaces terroristes persistantes et les tensions interétatiques, comme celles observées en Afrique de l’Est, laissent présager une pression constante sur les budgets de défense, avec un risque de surenchère militaire régionale.
La méthode Global Firepower, bien qu’utile pour une comparaison brute des capacités, a ses limites. Elle ne mesure pas l’efficacité opérationnelle, la qualité de la formation des troupes, la cohésion morale ou la résilience des chaînes logistiques. Une armée nombreuse et bien équipée n’est pas nécessairement une armée victorieuse, comme le rappellent certains conflits récents. Par ailleurs, le classement ne reflète pas l’influence croissante des acteurs non étatiques et des sociétés militaires privées, qui reconfigurent le paysage sécuritaire sur le continent.
La montée du Maroc et l’entrée de la Tunisie dans le Top 10 sont à analyser avec prudence. Elles indiquent un effort de modernisation, mais doivent être pondérées par les réalités politiques et économiques de chaque pays. Pour le Maroc, cette progression confirme une politique d’équipement ambitieuse, souvent dans un contexte de rivalité régionale. Pour la Tunisie, cette entrée est un indicateur à surveler, alors que le pays traverse une période de fragilité économique. Ces mouvements illustrent comment les équilibres de puissance en Afrique du Nord restent fluides et sensibles aux choix stratégiques de long terme.
Classement des puissances militaires africaines en 2026 :
1-Egypte (19e rang mondial)
2-Algérie (27e)
3-Nigeria (33e)
4-Afrique du Sud (40e)
5-Ethiopie (47e)
6-Maroc (56e)
7-Angola (59e)
8-RD Congo (64e)
9-Soudan (66e).
10-Tunisie (79e)
11-Libye (80e)
12-Kenya (84e)
13-Tchad (85e)
14-Tanzanie (89e)
15-Mozambique (92e)
16-Cameroun (99e)
17-Mali (104e)
18-Zimbabwe (105e)
19-Ouganda (107e)
20-Côte d’Ivoire (108e)
21-Zambie (111e)
22-Ghana (112e)
23-Soudan du Sud (113e)
24-République du Congo (117e)
25-Erythrée (119e)
26-Niger (120e)
27-Namibie (122e)
28-Mauritanie (123e)
29-Sénégal (126e)
30-Burkina Faso (127e)
31-Botswana (130e)
32-Madagascar (131e)
33-Gabon (132e)
34-Somalie (137e)
35-Bénin (138e)
36-Sierra Leone (140e)
37-Liberia (141e)
38-Centrafrique (143e)



