Le Botswana négocie avec les Émirats arabes unis pour financer une prise de participation stratégique dans De Beers, le numéro un mondial du diamant. Cette annonce du président Duma Boko, rapportée par Bloomberg, confirme une tendance lourde : Abou Dhabi s’impose comme le partenaire financier de plus en plus incontournable des États africains en quête de capitaux pour leur secteur minier.
Gaborone veut racheter une partie des 85 % détenus par Anglo American dans De Beers, alors que le Botswana possède déjà 15 % du groupe. L’enjeu est vital : De Beers tire 70 % de sa production du Botswana, où les diamants représentent 80 % des exportations et près d’un quart du PIB. Mais la chute des cours, le recul de la demande chinoise et la concurrence des pierres synthétiques ont dégradé les finances publiques, au point que S&P Global a abaissé la note souveraine du pays cette année. Outre les Émirats, le Botswana a sondé Oman, l’Angola et la Namibie. Ce sont toutefois Abou Dhabi et Mascate qui ont répondu présents.
Ce mécanisme n’a rien d’inédit. En décembre 2022, la RDC concluait un accord avec le groupe émirati Primera, donnant naissance à Primera Gold. Résultat : les exportations officielles d’or artisanal du Sud-Kivu sont passées de 42 kg en 2022 à plus de cinq tonnes en 2023, soit une hausse de plus de 12 000 %. En Zambie, fin 2023, International Resources Holding, liée au géant émirati International Holding Company, a repris 51 % du complexe cuprifère Mopani, l’État zambien conservant 49 %. Mopani traînait une dette de 1,5 milliard de dollars. Partout, le scénario est le même : un État africain veut reprendre la main sur ses ressources, et Abou Dhabi apporte les liquidités.
La logique d’Abou Dhabi est d’abord celle de l’après-pétrole. Faute de réserves minières significatives sur son sol, les Émirats achètent à l’étranger leur exposition aux métaux critiques de la transition énergétique : cuivre, cobalt, lithium, graphite. Quatrième investisseur en Afrique derrière la Chine, l’UE et les États-Unis, ils doublent cette stratégie financière d’une offensive logistique via DP World et Abu Dhabi Ports, transformant le pays en passerelle commerciale entre l’Afrique et le reste du monde. La rivalité est ouverte avec la Chine et l’Arabie saoudite pour verrouiller les approvisionnements.
Le tableau comporte des zones d’ombre. Une étude de l’ONG suisse SWISSAID publiée en 2024 estime que jusqu’à 435 tonnes d’or africain sont sorties illégalement du continent en 2022, dont la grande majorité a transité par les Émirats. Sur la décennie précédente, plus de 2 500 tonnes d’or de contrebande auraient alimenté Dubaï, premier hub mondial de négoce de l’or et des diamants, pour une valeur dépassant 115 milliards de dollars. Autant de recettes fiscales perdues pour les États africains.
D’autres signaux appellent à la prudence. Le Natural Resource Governance Institute relève en septembre 2024 que certains investissements adossés aux fonds souverains du Golfe restent opaques et complexes, insérés dans des paquets plus larges qui obligent les États à une forte capacité de négociation. Le contrat de 1,9 milliard de dollars signé en 2023 entre la RDC et les Émirats pour les minerais 3T (étain, tantale, tungstène) n’a toujours pas été rendu public. La question n’est donc pas de savoir s’il faut accueillir ces capitaux, mais à quelles conditions. Les États africains gagneraient à utiliser l’intérêt émirati comme levier pour exiger de la transparence, de la traçabilité et des investissements dans la transformation locale.



