La raffinerie Dangote, fleuron industriel nigérian, a enfin dévoilé son calendrier d’introduction en Bourse. Le dépôt du dossier auprès du régulateur nigérian est acté, avec une note d’information attendue en septembre et une clôture de l’offre en octobre. L’opération vise environ 5 milliards de dollars, pour une valorisation globale proche de 40 milliards. Mais à ce stade, aucune double cotation sur les autres places financières du continent n’est prévue, ce qui fragilise l’ambition affichée d’une levée de fonds véritablement panafricaine.
Ce calendrier, bien que désormais officieux, reste extrêmement serré. Entre la publication de la note d’information et la fermeture des souscriptions, les investisseurs ne disposeront que de quelques semaines pour analyser les comptes, évaluer les risques et se positionner sur la plus grosse introduction en Bourse jamais organisée en Afrique. Le régulateur nigérian, la Securities and Exchange Commission, doit encore donner son feu vert dans les prochaines semaines. Un délai d’autant plus contraint que l’opération était initialement espérée pour juin ou juillet, ce qui représente un glissement d’un trimestre entier dans un processus qui dure déjà plus d’un an.
Ce report et cette absence de cotation multiple surviennent alors que la raffinerie de Lekki, qui traite 650 000 barils de brut par jour pour un coût de construction de près de 20 milliards de dollars, n’a atteint sa pleine capacité que cette année. Elle est désormais le principal fournisseur de carburant du Nigeria et exporte vers plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. La compagnie publique NNPC en détient un peu plus de 7 %. Mais l’enjeu dépasse le seul secteur pétrolier : il s’agit de prouver que la Bourse de Lagos peut absorber des transactions complexes de dimension mondiale, un test de crédibilité pour l’ensemble de l’écosystème financier ouest-africain.
Les prochaines semaines seront cruciales. Si le régulateur valide en septembre, il faudra boucler en un temps record la structuration technique de l’offre et la commercialisation auprès des investisseurs institutionnels. Les Bourses du Kenya, d’Égypte, du Ghana, du Rwanda et d’Afrique du Sud, qui multiplient les échanges avec les conseils de Dangote depuis des mois, devront se contenter de produits dérivés comme des certificats de dépôt, faute de cotation directe. Ces instruments, qui répliquent le cours de l’action nigériane sans en être le titre original, doivent encore être approuvés par chaque régulateur national et mis sur le marché en quelques semaines. Un défi technique et politique de taille.
L’enjeu est aussi symbolique pour le Nigeria. L’opération représenterait un peu plus de 4 % de la capitalisation boursière actuelle du pays, qui s’élevait à 116 milliards de dollars mardi. À titre de comparaison, la plus grosse introduction à Lagos jusqu’ici, celle de MTN Nigeria en 2019, avait levé environ 876 millions de dollars. Dangote veut faire dix fois mieux. Mais la fenêtre de tir est étroite, et les attentes des fonds de pension kényans, par exemple, qui pourraient absorber jusqu’à 500 millions de dollars, risquent d’être déçues par l’absence de cotation directe dans leur pays.
Le discours officiel reste celui d’une ambition panafricaine. Frank Mwiti, le directeur général de la Bourse de Nairobi, avait salué à l’issue de discussions à Lagos la volonté de structurer une introduction continentale. Mais la répartition des allocations entre pays, les garanties de placement et les modalités de souscription restent à définir. Temi Popoola, le directeur général du Nigerian Exchange, a qualifié l’opération de « moment charnière » pour la place de Lagos. Il reste huit semaines pour transformer cette promesse en réalité technique. Le compte à rebours est lancé.



