Le président burundais, Évariste Ndayishimiye, est arrivé ce 22 juin à Kinshasa pour une visite d’État de deux jours. Accueilli avec les honneurs protocolaires par Félix Tshisekedi, le chef de l’État burundais, également président en exercice de l’Union africaine (UA), porte avec lui un agenda lourd : sécurité dans l’Est congolais, épidémie d’Ebola et soutien à la candidature congolaise pour le secrétariat général de la Francophonie. Une visite sous haute tension, où les dossiers bilatéraux et continentaux s’entremêlent.
Les deux présidents ont entamé un tête-à-tête dès l’arrivée du couple burundais, avant une déclaration commune prévue devant la presse. Mais au-delà du protocole, les discussions porteront sur des enjeux concrets. Sur le plan militaire, le Burundi est un allié de poids pour Kinshasa : des troupes burundaises combattent aux côtés des Forces armées congolaises dans le Sud-Kivu, face à la coalition AFC/M23 et aux milices Twirwaneh. Une coopération qui renforce la position congolaise sur le terrain, mais qui expose aussi Gitega à des risques de représailles régionales.
Cette visite s’inscrit dans un climat de dégradation sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC, où les processus de paix pilotés par l’UA et la Communauté est-africaine sont au point mort depuis plusieurs semaines. La présence burundaise dans la région n’est pas nouvelle, mais elle prend une dimension stratégique renouvelée depuis l’offensive du M23 fin 2021. Par ailleurs, la RDC traverse une épidémie d’Ebola dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ajoutant une urgence sanitaire à l’instabilité chronique. Kinshasa voit en Gitega un relais indispensable pour peser sur les instances continentales.
À l’invitation de son homologue congolais Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le Président de la République du Burundi, Évariste Ndayishimiye @GeneralNeva, est attendu ce lundi 22 juin 2026, à Kinshasa, pour une visite d’État de 48 heures.
À cette occasion, le Président de la… pic.twitter.com/oiMKZOf2aH
— Présidence RDC 🇨🇩 (@Presidence_RDC) June 21, 2026
Au-delà des dossiers immédiats, cette visite pourrait redéfinir l’équilibre diplomatique dans la région des Grands Lacs. En tant que président de l’UA, Ndayishimiye a les moyens de relancer les mécanismes de médiation, mais sa proximité militaire avec Kinshasa risque d’alimenter les accusations de partialité de la part de Kigali. Par ailleurs, le soutien burundais à la candidature de Juliana Lumumba pour la Francophonie est un atout non négligeable face à Louise Mushikiwabo, qui brigue un troisième mandat, mais il ne suffira pas à emporter la décision finale, prévue en octobre.
Sur la question sanitaire, la réponse à Ebola est un test pour la coopération régionale. Les forces burundaises déployées au Sud-Kivu pourraient faciliter l’accès des équipes médicales à des zones rebelles, mais l’efficacité de cette synergie reste à prouver, tant les infrastructures sont fragiles et les populations méfiantes vis-à-vis des autorités. Un responsable onusien, sous couvert d’anonymat, estime que « sans une trêve humanitaire durable, la riposte restera un vœu pieux ».
Enfin, le volet francophone illustre les ambitions diplomatiques croissantes de la RDC, qui veut sortir de son image de pays sinistré pour devenir un acteur incontournable de l’espace francophone. Mais face à une sortante rodée et à des concurrents de poids, Kinshasa mise sur un lobbying discret, en s’appuyant sur ses alliés comme le Burundi. La visite de Ndayishimiye, au-delà du symbole, est un test de la capacité congolaise à transformer ses alliances militaires en soutiens politiques durables.



