Le 26 août 2026, l’Angola et la République démocratique du Congo ont franchi un cap décisif dans leur coopération infrastructurelle. À l’issue d’une visite de travail du président angolais João Lourenço à Kinshasa, les deux chefs d’État ont signé le contrat de concession de la ligne ferroviaire Dilolo-Sakania, dans le sud-est de la RDC. Cet accord concrétise une ambition de longue date : faire du corridor de Lobito un axe logistique majeur pour l’Afrique australe et centrale, en reliant les gisements miniers du Katanga et du Lualaba au port angolais de l’océan Atlantique.
La concession, d’une durée de trente ans, prévoit la réhabilitation complète, la modernisation, l’extension et l’exploitation de ce tronçon stratégique de 400 kilomètres. L’État congolais reste propriétaire de l’infrastructure et détiendra au minimum 10 % du capital de la société dédiée au projet. En contrepartie, le concessionnaire assume l’intégralité du financement et des risques liés au trafic, sans garantie souveraine ni subvention de la part de Kinshasa. Ce montage financier, sans recours à la dette publique, protège les finances congolaises tout en transférant la charge opérationnelle au privé.
Ce projet s’inscrit dans une dynamique régionale plus vaste. Le corridor de Lobito, porté initialement par les États-Unis et plusieurs institutions financières internationales, vise à offrir une alternative aux routes traditionnelles d’exportation des minerais congolais, qui passent majoritairement par l’Afrique du Sud ou la Tanzanie. La ligne Dilolo-Sakania constitue le maillon manquant entre le réseau ferroviaire angolais et le chemin de fer congolais des Grands Lacs. Sa mise en service réduirait les distances et les coûts de transport, tout en désengorgeant les ports de Durban et Dar es Salaam. Historiquement, cette liaison était déjà envisagée dans les années 1970, mais les guerres civiles et l’instabilité politique en ont retardé la concrétisation.
Les perspectives économiques sont ambitieuses. Le corridor ne se limitera pas aux minerais de cuivre et de cobalt, qui représentent l’essentiel des exportations du Katanga. Les autorités prévoient d’y faire transiter des produits agricoles, des intrants industriels, des hydrocarbures, des conteneurs, des biens de consommation et même des voyageurs. Kinshasa et Luanda entendent harmoniser leurs opérations ferroviaires, leurs tarifs et leurs procédures douanières pour fluidifier les échanges. À plus long terme, ce projet pourrait servir de catalyseur à une coopération énergétique renforcée, notamment via l’interconnexion électrique entre les deux pays, destinée à approvisionner la région du Katanga, chroniquement sous-alimentée en électricité.
Le coût global de l’investissement est estimé à 1,2 milliard de dollars, incluant non seulement les travaux ferroviaires, mais aussi la construction de routes transfrontalières, de plateformes logistiques et d’infrastructures énergétiques. Ce montant, bien que conséquent, reste inférieur à celui de nombreux projets miniers dans la région. Les retombées attendues en termes d’emplois locaux, de formation des jeunes et de transfert de technologies sont mises en avant par le président Félix Tshisekedi, qui insiste sur la nécessité de recourir aux entreprises congolaises dans la réalisation des travaux. Toutefois, la viabilité du projet dépendra de la capacité à générer un trafic suffisant pour rentabiliser l’investissement, dans un contexte où les cours des matières premières restent volatils.
Des observateurs du secteur soulignent que ce partenariat bilatéral pourrait servir de modèle pour d’autres corridors en Afrique, à condition que les mécanismes de gouvernance et de suivi soient transparents. L’absence de garantie souveraine protège l’État congolais, mais elle exige du concessionnaire une rigueur financière exemplaire. Par ailleurs, la coordination entre les deux pays devra surmonter des différences historiques en matière de normes techniques et de législation ferroviaire. Les prochains mois seront décisifs pour la mise en place de la société de projet et le lancement des appels d’offres. Si le calendrier est respecté, les premiers trains pourraient circuler sur la ligne réhabilitée dès 2028, ouvrant une nouvelle ère pour le commerce intra-africain.



